dimanche 29 janvier 2012

HOMMAGE POSTHUME A BERNARD PERRIN


Au travers de ces quelques lignes j’aimerais rendre hommage à Bernard que j’ai eu la chance de connaitre au cours de mon parcours de cooper-actrice avec E-CHANGER.
Bernard, quand je pense à toi, je me rappelle la première fois que je t’ai connu. C’était lors de ton voyage en Bolivie avec la délégation E-CHANGER il y a déjà presque 4 ans. Tu étais super enchanté par le voyage, les rencontres avec les partenaires en Bolivie et je me rappelle comme tu as dansé et tu t’es amusé los de la soirée de départ dans un restaurant à La Paz. C’est comme cela que tu es revenu en Bolivie, cette fois avec un contrat en tant que cooper-acteur pour 3 ans à La Paz. Tout comme moi, tu es tombé amoureux de la Bolivie et tu es aussi tombé amoureux en Bolivie, de Sarah la bernoise.
C’est ainsi que j’aimerais te garder en mémoire Bernard, fou d’amour pour Sarah et passionné de la Bolivie et de la lutte pour un « autre monde possible », pour un monde plus juste que tu as su si bien refléter dans tes écrits journalistiques.
Sarah, j’aimerais aussi pouvoir partager un peu de ta douleur depuis Cochabamba et te donner un « abrazo » plein de force pour continuer ton parcours de vie.

Si vous voulez publier un message au blog creé pour Bernard, http://amigosdebernard.wordpress.com/ , vous pouvez le faire en envoyant un mail à l'adresse suivante: pidu080pari@post.wordpress.com.

Bernard, tu resteras toujours en vie dans nos coeurs et dans nos esprits!

samedi 5 novembre 2011

« LES ÂMES DE NOS ÊTRES DEFUNTS NOUS VISITENT LES JOURS DE LA FÊTE DE LA TOUSSAINT »

« Almitas chamushankuña », « les âmes sont déjà en chemin », c’est une expression populaire des personnes qui attendent l’arrivée de l’âme des êtres chéris durant la fête de la Toussaint.

A Cochabamba les traditions et coutumes autour de la fête des défunts sont très diverses. Le dénominateur commun de la fête est la interrelation entre les êtres chéris de l’au-delà qui le jour du 1er novembre à midi jusqu’au lendemain à midi retournent visiter leur famille et amis en deuil pour les consoler et leur apporter de la joie.

Selon les coutumes de la culture quechua, afin de recevoir les âmes des défunts, la famille au sens large se réunit et prépare la table d’offrandes d’aliments pour le défunt, le « mast’aku » (en quechua) qui inclut les plats et boissons préférées du défunt et aussi les « t’anta wawas ou urpus ». Ce sont des personnages et symboles faits de pâte à pain légèrement sucrée qui représentent les âmes de l’au-delà et le monde spirituel catholique et andin comme par exemple le soleil et la lune qui représentent la complémentarité, la croix qui fait référence au catholicisme et l’échelle pour que les âmes puissent descendre nous visiter et remonter dans les cieux.

Au CEPJA (Centre d’Education Permanente Jaihuayco) chaque année la Fête de Todos Santos est une activité éducative communautaire que l’on réalise avec les enfants et jeunes du centre. Afin de ne pas perdre la coutume et tradition de cette fête face à l’invasion de Halloween (eh oui ici aussi on y a droit), les éducateurs/trices ont réalisé diverses activités comme la fabrication des symboles à base de pain et la mise en place de la table d’offrandes (« le mast’aku ») communautaire où les enfants ont pu amener des photos des personnes défuntes de leur famille ou bien simplement leur noms.

Il faut savoir que le « mast’aku » doit être prêt dès le 1er novembre à midi car c’est à cette heure-ci que les âmes des défunts commencent leurs visites dans le bas monde jusqu’au 2 novembre à midi. Durant cette période-là les maisons ouvrent leur porte aux personnes qui aimeraient les visiter et faire une prière pour leurs défunts. Les visiteurs et visiteuses, en grande majorité des enfants, reçoivent les petits pains et biscuits fabriqués (« t’anta wawas ») en guise de remerciement pour leur prières. C’est un beau cadeau pour beaucoup d’enfants qui viennent de grandes familles où l’on ne vit pas toujours dans l’abondance.

Finalement, le 2 novembre la fête de la Toussaint termine au cimetière normalement où selon la coutume la famille dit au revoir au défunt en se rassemblant autour de la tombe afin de partager la table d’offrandes, boire un verre (souvent plusieurs !), le tout accompagné par de la musique folklorique de cette époque-là de l’année. Rien à voir donc avec nos cimetières silencieux et souvent un peu déprimants à mon goût !

« Si tu t’occupes bien de l’âme du défunt, il y aura une bonne récolte »

Cependant, cette fête religieuse mêlée de coutumes et traditions indigènes- paysannes est aussi liée au calendrier agricole car en novembre c’est la fin de l’époque sèche qui est une époque critique pour la récolte et le début de la saison de pluie, c’est comme le passage de la mort à la vie d’une certaine manière.

Selon Wilfredo Camacho, chercheur anthropologue, l’origine de la fête remonte au temps des Incas qui avaient l’habitude de sortir leurs morts des tombes car ils considéraient qu’ils représentaient d’autres espèces humaines qui pouvaient intercéder pour eux et provoquer la pluie et une bonne récolte. C’est ainsi qu’ils les revêtaient de leurs meilleurs habits et leur donnaient la meilleure nourriture et les sortaient dans la rue en faisant comme une procession durant le mois de novembre qui était considéré comme le mois des âmes défuntes.

«La mort donne le jour à la vie »

Comme la vision de la vie est cyclique dans le monde agricole, selon Camacho, ce n’est pas un hasard si après le 2 novembre la saison des jeux de balançoire (la « wallunk’a ») et des amours commence à la campagne et les jeunes surtout partent à la recherche de leur âme sœur.

Il y a donc un temps pour chaque chose et les saisons marquent le temps. On a tendance à l’oublier dans notre train train quotidien dans les zones urbaines où l’on a souvent perdu la connexion avec le monde spirituel et celui de la mère terre. Que le mois de novembre nous aide à retrouver cette dimension-là dans nos vies !

vendredi 8 juillet 2011

FÊTE DU SOLSTICE D’HIVER : NOUVEL AN ANDIN « INTI WATANA »


Je vous invite cette fois à un voyage un peu spécial : imaginez-vous attendre le lever du soleil dans un site historique de l’ère incaïque et participez à un rituel d’offrande à la mère terre.

Nous voilà donc en route pour Incallajta (en quechua, littéralement, la cité inca) situé à 140 km de Cochabamba sur l’ancienne route à Santa Cruz à une altitude de 2050 m. C’est un des centres archéologiques plus grand et mieux préservé de Bolivie déclaré monument national. Ce site date de la fin du XVème siècle et c’était une forteresse militaire tout comme un important centre administratif, politique et cérémoniel de l’empire inca du Qollasuyu (ainsi s’appelait le territoire bolivien à l’époque).

Vue du temple principal, La Kallanka

C’est ainsi qu’ Edwin et moi avec un couple d’amis suisse-bolivien, Katty et Roberto, et des volontaires suisses-allemands nous sommes partis de Cochabamba avec tout notre équipement, tente, sac de couchage, lampe de poche, et habits chauds, victuailles, etc.. afin de passer la nuit du 20 juin dans la communauté d’Incallajta.

En Bolivie, il faut souligner que le 21 juin a été décrété jour férié depuis l’entrée d’Evo Morales à la présidence. Auparavant, la fête du solstice d’hiver n’était fêtée que dans les communautés indigènes paysannes andines et amazoniennes sans grandes manifestations culturelles et médiatiques comme c’est le cas maintenant. Pour les peuples indigènes cette date est importante car le soleil s’éloigne de la terre, voilà pourquoi ce jour-là on fête l’Intiwatana qui signifie littéralement attacher le soleil afin qu’il ne s’éloigne pas trop. Pour le monde agraire c’est aussi l’époque sèche durant laquelle les températures sont les plus basses (dans l’hémisphère sud) et la fin des récoltes et le début de la nouvelle époque de semailles. Cette cérémonie est donc réalisée afin de remercier la mère terre pour tout ce qu’elle nous a donné.

La salutation au soleil au lever du jour

A Incallajta nous avons donc pu participer à la veillée du 20 juin durant laquelle il y eut la célébration de l’akulliku communautaire (masticage de la coca) avec un accompagnement musical de divers groupes. Puis, à l’aube, à 5 h. du matin, nous avons escaladé la montagne jusqu’au site historique inca d’Incallajta où eut lieu le rituel de la k’oa puis le sacrifice du lama. C’est un peu choquant à mon goût ce sacrifice car beaucoup de sang est déversé mais selon la symbolique du rite, ce sang est une offrande à la mère terre. Ensuite l’on prépare cette viande de lama, qui est délicieuse il faut dire, afin de la partager avec toute la communauté en ce jour de fête.

Cette fois-ci la cérémonie fût très protocolaire et un peu différente que d’ordinaire car il y eut la visite du Vice-ministre Alvaro Garcia Linera, du gouverneur départemental Edmundo Novillo et autres autorités locales et dirigent(e)s paysan(ne)s afin de promulguer une loi qui récupère, préserve et diffuse toutes les pratiques cérémoniales du 21 juin sur le site cérémonial et archéologique d’Incallajta.

Le vice-président Alvaro Garcia Linera vêtu d'un poncho offert par la communauté

Voilà donc comment nous avons fêté le début de la nouvelle année 5519 selon le calendrier andin. Ouah, il semblerait que j’ai pris un coup de vieux selon la numération de ce calendrier mais je dois être avoir gagné en sagesse J après cette cérémonie, n’est-ce pas ? Voila pourquoi je suis digne de m'asseoir comme une autorité sur les sièges rouges officiels!!!

dimanche 12 juin 2011

RENCONTRE ANNUELLE DES VOLONTAIRES SUISSES ET PARTENAIRES BOLIVIENS


Le mois passé, du 9 au 12 mai, nous avons eu le plaisir de pouvoir une nouvelle fois nous rencontrer, ou re-rencontrer suivant les cas, entre tous les volontaires suisses et nos organisations partenaires boliviennes. Cette année ce fût une rencontre particulièrement grande, plus de 80 participant(e)s en comptant les enfants, car mis à part les 3 organisations suisses de volontariat, E-CHANGER, INTERTEAM, et INTERAGIRE et le LED (Service de coopération du Liechtenstein), nous avons aussi eu la participation de la MISSION BETHLEEM IMMENSEE, une organisation chrétienne d’entraide au développement basée à Fribourg et qui tout comme E-CHANGER fait de la cooper-action à partir de l’envoi de volontaires au Sud pour 3 ans. Les échanges interculturels ont été très riches dans l’ensemble et en voici quelques moments forts :

Ø Inauguration de l’évènement au travers du rituel andin de la k’oa. C’est un acte de réciprocité, donner pour recevoir : on fait une offrande à la mère terre afin de lui demander que notre rencontre soit fructifère et pleine de beaux échanges et apprentissages.

Ø Foire de présentation de nos projets au travers de stands d’information et de vente suivant les cas. Chaque organisation a donc présenté son travail de manière créative, ce qui a permis ainsi de connaître un peu mieux ce que chacun(e) fait et voir quelles synergies seraient possibles avec quelles organisations.

Ø Analyse critique de la conjoncture actuelle avec la présence de Rafael Puente, ex-préfet de Cochabamba, connu pour son activisme politique en faveur du processus de changement actuel. Il faut souligner que sa présentation a été plutôt critique et basée sur une analyse claire des raisons de certains échecs de la politique actuelle menée par le du MAS (Mouvement Au Socialisme : parti au pouvoir d’Evo Morales). Vous pouvez vous imaginer que ceci a suscité une riche discussion avec le public par la suite.

Ø Ativité sur le thème du RACISME comme conséquence de fausses interprétations de la réalité qui a été organisé par Proceso, une organisation partenaire bolivienne basée à Santa Cruz où y travaille une volontaire suisse d’E-CHANGER, Sarah Burkhalter. C’est au travers de quelques dynamiques que nous avons touché les thèmes des stéréotypes, des préjugés, des étiquettes et de l’ethnocentrisme.

Ø Rencontre interne de chaque organisation.

Nous autres, les volontaires d’E-CHANGER, avons profité de la visite de Bruno Clément en Bolivie afin d’échanger des informations sur le mouvement, discuter de certains changements comme par exemple sur le nouveau calcul de nos indemnités de base par zone en Bolivie et faire part de quelques suggestions afin d’améliorer la communication entre coordination- volontaires et E-CHANGER.

Et bien sûr, la soirée de FÊTE ne pouvait pas manquer avec plein d’animation, sketches, chants suisses et boliviens, et aussi de la danse jusqu’au bout de la nuit avec le pro de la sono Edwin Valdez J

lundi 4 avril 2011

50 ANS DU CARNAVAL DU SUD


C’est ainsi que s’intitule le premier numéro de notre revue du CEPJA (Centre d’Education Permanente de Jaihuayco où je travaille) que nous avons rédigé et édité afin de soutenir et promouvoir la célébration de cette fête traditionnelle qui fête ses 50 ans cette année. Même si tout au long de ces années, les autorités municipales ont considéré le Carnaval du Sud comme une activité marginale, on ne peut pas nier que c’est une « manifestation culturelle qui a réussi à agglutiner le dynamisme propre de la culture des peuples » selon les dires du responsable de la radio CEPJA, Rafael Alviz. En effet, ce carnaval réunit à des cliques, à des troupes de gens déguisés de la même manière, à des fraternités (groupe de danseurs/danseurs organisés et vêtus de costumes traditionnels), et des chanteurs/chanteuses de versets du Carnaval où existe la satire, la ridiculisation et une bonne dose de critique de la politique locale et internationale.
Présentation de la Revue lors de la fête du Carnaval retransmise en direct par radio CEPJA.

En effet, le dimanche passé (le 27 mars) j’ai pu voir de mes propres yeux la diversité culturelle de cette manifestation populaire: groupes de danseurs masculins déguisés en femmes, notamment en Shakira (chanteuse colombienne fort appréciée ici), musiciens et danseuses de « moseñada » ou « zampoñada » (rythmes typiques du Carnaval de l’Altiplano), chanteurs/chanteuses de versets typiques du Carnaval de la région du département de Cochabamba ont côtoyé des satires de personnalités politiques comme Kadhafi, Chavez ou des « Narcos » (trafiquants de cocaïne). Le local et le global se rencontrent donc dans la joie pour célébrer cette fête du Carnaval du Sud qui se caractérise pour être un lieu où l’on s’amuse en se mouillant au travers du lancement de ballons remplis d’eau et où les hommes aiment particulièrement se déguiser en femmes d’une manière plutôt « sexy » dirons-nous !.

Shakira

Lors des interviews réalisées aux directrices des écoles avec lesquelles nous travaillons, ce genre de pratiques a été critiqué comme étant le reflet de la culture machiste en plus d’être vulgaire vu l’accoutrement des hommes peu vêtus. « C’est un manque de respect vis-à-vis des femmes en général et aussi un manque de créativité » souligne Marina Rodriguez, la directrice du Jardin d’Enfants San Joaquin.

Afin de sensibiliser la population à ce genre de coutume peu respectueuses des femmes et aussi de l’environnement (gaspillage d’eau), il est intéressant de souligner que cette année une ordonnance municipale a été promulguée, grâce au lobby de notre conseillère municipale Maria Isabel Caero, afin d’interdire l’usage des ballons remplis d’eau et celui des déguisements d’hommes en femmes enceintes pour des raison de politique de genre favorisant le respect envers les femmes et contre l’usage de la violence. Il faut savoir que ce sont nous les femmes qui sont généralement la cible du lancement des ballons d’eau (parfois même congelés !) lors des fêtes du Carnaval et je peux témoigner que c’est vraiment douloureux en plus d’être humiliant de se retrouver toute mouillée en plein milieu de la rue et de la journée! Cette année donc, grâce à une certaine application de cette ordonnance, l’ambiance des fêtes du Carnaval a été plus tranquille et moins stressante, ouf, je n’ai plus eu autant peur de sortir de la maison !

Moseñada

Mis à part ces coutumes, on ne peut pas parler du Carnaval à Cochabamba sans mentionner la tradition des couplets du Carnaval qui sont créés et chantés par les gens eux-mêmes sur des thématiques diverses et accompagnés généralement d’instruments typiques dont l’accordéon. Lors de la commémoration de la journée internationale des femmes le 8 mars, un collectif de femmes (la Plateforme des Femmes) a organisé une action fort créative d’incidence politique, chanter des couplets de revendication de leurs droits pour un budget municipal assigné aux femmes. C’est une chanteuse fort populaire de la ville, Betty Veizaga, qui les a accompagnées devant les portes de la municipalité de Cochabamba. Voici donc quelques extraits de couplets traduits de ma part sans les rimes en espagnol:

Depuis le premier jour

Durant le mois de janvier

Nous demandons justice

Equité de genre

Aux municipalités

Qu’ elles nous donnent de l’argent

Sinon nous les pendons

Avec une cravate

De maires bien gros

Ai, nous n’en voulons pas

Oui, nous demandons de l’argent

Et ils font la sourde oreille

Ici les femmes

Nous voulons des financements

Afin de travailler

Dans des micro projets

Refrain :

Toutes les femmes

Avec les municipalités

Travaillons ensemble

Ah quelle merveille !

De nuit et de jour

Comme en famille.


dimanche 13 février 2011

Fin du Forum social mondial à Dakar

« Un pas en avant significatif pour les mouvements sociaux africains »

Une mobilisation populaire massive lors de l’ouverture, le dimanche 6 février ; la diversité dont témoignent les centaines d’ateliers et d’assemblées thématiques ; les mini-mobilisations en faveur de causes spécifiques à l’intérieur du campus de l’Université nationale Cheikh Anta Diop (1) : tout cela a donné le ton à la session de Dakar.

Trois grandes thématiques ont prévalu : les femmes, avec leurs organisations et leurs réseaux ; la lutte des paysans contre l’accaparement des terres ; et plus particulièrement les migrants.

En résumé, les rencontres de plusieurs mondes dans un même espace. Des signes d’un forum social mondial qui, malgré les problèmes organisationnels initiaux, s’est terminé à la hausse ce vendredi 11 février. Et, au niveau des résultats, il aura dépassé les perspectives les plus optimistes de ses coordinateurs africains.

« C’est une grande surprise pour nous-mêmes, notamment en ce qui concerne la mobilisation que le FSM a suscitée et par la participation massive, qui a dupliqué nos prévisions initiales (40-50.000 participants) », souligne Taoufik Ben Abdallah, un intellectuel et militant tunisien, membre du comité africain d’organisation.

Dans son bilan, Taoufik Ben Abdallah ne dissimule pas l’autocritique relative aux « graves problèmes d’organisation, le premier jour » [ndr : les activités du FSM furent partiellement paralysées, faute d’aulas libres pour les réaliser] et par « les manques techniques que, dans quelques cas, nous n’avons pas réussi à surmonter ».

« Dès le début, ce qui a le mieux fonctionné, ce sont les villages (tentes) des femmes, des paysans, des migrants et des syndicats ». En résumé, la partie du FSM impulsée par les mouvements sociaux : ces derniers, dans la soirée du jeudi 10 février ont approuvé la « Déclaration de Dakar », une radiographie-extraits de nombreux débats de ce forum, de leurs priorités de mobilisations futures et de l’agenda commun des actions prévues pour l’année 2011.

Si l’on tente d’évaluer l’impact de la session de Dakar dans la vie interne du processus initié en 2001 à Porto Alegre (Rio Grande do Sul, Brésil), ses pulsions vitales relèvent davantage de la continuité que de brusques changements conceptuels.

« Le FSM est un espace ouvert. Nous ne nous proposons pas de réunir tous les acteurs participants pour leur imposer une volonté politique unique. Au lieu de l’ouvrir, une déclaration finale, risquerait de diviser et d’affaiblir le FSM… Cela n’empêche pas les mouvements, réseaux et compagnes travaillant ensemble de pouvoir produire leurs propres déclarations communes, comme cela est arrivé dans des sessions précédentes », souligne Taoufik Ben Abdallah

Le FSM de Dakar et de l’Afrique

Les soulèvements populaires survenus ces dernières semaines en Tunisie et en Egypte étaient omniprésents dans les débats du FSM. « Il s’agit d’une conjoncture politique que l’on n’avait pas vu depuis des années. La Tunisie et l’Egypte sont des pays africains, ce sont des nations arabes… et ce qui s’y passe a un impact direct sur tout le continent et dans l’ensemble du monde arabe », explique l’intellectuel sénégalais Demba Moussa Dembélé, directeur du Forum africain des alternatives et également membre du comité d’organisation.

« Beaucoup d’autres chefs d’Etat africains tremblent aujourd’hui en voyant ce qui se passe. Et le message est clair : les peuples ont toujours le dernier mot », souligne Moussa Dembele. Celui-ci ne doute pas que ce qui vient de se vivre à Dakar « signifiera un apport direct à la consolidation des mouvements sociaux africains ».

La majorité de ces mouvements – souligne-t-il – sont représentés au sein du Forum social africain (FSA) et sont venus à Dakar avec leurs programmes et leurs revendications propres par rapport à leurs luttes spécifiques dans leurs pays et érgions.

« Ce sera l’une des tâches du FSM – qui fédère la majorité de ces mouvements -, une fois la session de Dakar terminée, de voir comment systématiser les idées, les propositions et les campagnes, et de penser comment renforcer ces mouvements là où ils sont déjà présents. Et surtout comment étendre le concept du Forum dans ces pays ou régions du continent, où sa présence est encore faible ».

Selon Moussa Dembélé, dans le cadre de ce large processus d’accumulation de forces, il y a deux objectifs : « renforcer ces mouvements pour qu’ils articulent leurs revendications propres en faveur de la population africaine ; augmenter leur capacité d’interlocuteurs face aux pouvoirs publics dans tout le continent ».

Pour l’intellectuel africain, « le grand débat de ce FSM a touché les thèmes essentiels des grands défis auxquels sont confrontés l’Afrique et le monde. Nous pouvons mettre sur la table les grandes questions qu’affronte le continent : la thématique agraire, la souveraineté alimentaire, les ressources naturelles, la démocratie, la souveraineté des peuples ».

En ce sens, la session de Dakar « a développé une réflexion sérieuse et profonde, dépassant l’aspect de la protestation habituelle des mouvements sociaux contre la guerre, contre le changement climatique, les crises financières, l’accaparement des terres, etc. »

A Dakar, « l’Afrique a affirmé sa conscience. Nous en avions rêvé et nous en confirmons le succès : cette session marque une étape majeure dans le développement du mouvement social, aussi bien à l’échelle africaine que mondiale ».

Pour Moussa Dembélé, « Dakar marque une rupture et une nouvelle étape. Une rupture par rapport à l’accent mis sur la protestation et par rapport à la séparation parfois vécue entre les mouvements sociaux et le monde politique ».

Les changements en Amérique latine sont possibles « par le rapprochement étroit entre ces mouvements et le pouvoir politique. La réflexion menée à Dakar nous conduit à penser que tout changement de société implique aussi bien les mouvements sociaux que le monde politique. Et cela exige une nouvelle volonté politique commune », conclut Moussa Dembélé.

Sergio Ferrari (à Dakar, Sénégal)

Traduit de l’espagnol : H.P. Renk

1) Cheikh Anta Diop, historien et anthropologue sénégalais (1923-1986) : son œuvre essentiel a été consacrée à la mise en valeur du rôle de l’Afrique dans l’histoire des civilisations humaines. Cf. sa notice biographique sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cheikh_Anta_Diop

Annexe :

« Nous avons gagné la bataille de l’information »

Des centaines de journalistes, particulièrement venant d’Afrique, ont couvert le FSM de Dakar. Beaucoup d’entre eux appartiennent à des médias alternatifs.

La presse locale sénégalaise a couvert cette session de près. Le journal « Le Quotidien » a publié une édition séparée, « Flamme d’Afrique », publication propre du Forum et de ses organisations africaines.

L’événement fut aussi couvert systématiquement par la BBC et Radio France Internationale, qui lui ont accordé des espaces relativement larges dans leurs programmes quotidiens.

« Ce fut l’un des principaux succès de cette session de Dakara en matière d’information », relève Bernard Bokodjin, sociologue de la communication. Militant du « Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde » (CADTM), dans son pays – le Togo -, Bokodjin est arrivé il y a trois semaines à Dakar pour renforcer bénévolement le petit groupe de presse du Forum.

« Je pense que, malgré nos limites, le FSM a gagné la bataille médiatique, plus particulièrement en Afrique », souligne Bokodjin. « C’est aujourd’hui un défi pour le Conseil international et les organisateurs africains du FSM de garantir la continuité de ce travail, de s’approprier réellement ces contact pour continuer d’informer et ainsi garantir que le processus du Forum continue d’avoir l’impact médiatique qu’il mérite » (Sergio Ferrari)

Atelier E-CHANGER et MST Brésil lors du FSM Dakar

vendredi 3 décembre 2010

INVITATION:

5ème

RENCONTRE-FÊTE

INTI

A quelle heure?: 16h

Où?: Maison de Quartier de Plainpalais. 1, rue de la Tour.

Arrêt de Tram 12, 13,14 : Pont d’Arve. Bus 1.

(Attention: changement d’adresse!)

Cher(e)s ami(e)s, proches et collègues du groupe de soutien INTI,

me voici de retour en Suisse pour mon séjour de fin de contrat avec Kawsay et début de contrat avec le CEPJA et donc, comme de coutume, je vous invite à participer à notre rencontre-fête INTI afin de partager avec vous mes expériences de vie et de travail boliviennes à Cochabamba, au début de mon 3ème contrat comme cooper-actrice E-CHANGER.

Voici quelques points forts du programme:

  • Ma/notre vie en Bolivie: déménagement, mariage, ..
  • Quelques infos sur la situation sociopolitique en Bolivie
  • Bilan de travail avec le Centre de Cultures Originaires KAWSAY: résultats principaux des 3 années de travail
  • Mon nouveau partenaire: le Centre d’Éducation Permanente Alternative de Jaihuayco (CEPJA): mes activités des 6 premiers mois et perspectives future
  • Vente d’artisanat et produits INTI: cartes postales, stylos, t-shirt et CD de musique de Noël avec 3 chansons enregistrées avec les enfants du CEPJA (pour vos cadeaux de Noël
  • Musique bolivienne folklorique et de Noël avec Edwin Valdez et autres musiciens
  • Repas du soir: soupe typique de cacahuètes (sopa de mani), boissons naturelles de pêches séchées et d’orge, et autres spécialités boliviennes et suisses.

Alors, nous vous attendons pour partager ce beau moment d’échanges chaleureux interculturels en ce début d’hiver rigoureux. Sachez que vous pouvez passer un moment seulement si vous avez peu de temps et avec vos enfants bien sûr!.

Merci de bien vouloir confirmer votre présence par téléphone au 7574888 ou bien par courrier électronique: aletikita@gmail.com


A bientôt, hasta pronto!


mardi 2 novembre 2010

ACTIVITES SOCIO-CULTURELLES AVEC UN RESEAU D’ETABLISSEMENTS SCOLAIRES DE LA ZONE SUD DE COCHABAMBA

Dans le cadre de mon travail au CEPJA (Centre d’Education Alternative Permanente de Jaihuayco) dans le quartier de Jaihuayco, au sein de l’équipe de « Formation communautaire », avec mon collègue Saul nous travaillons directement avec les directrices de 9 établissements scolaires (jardin d’enfant, écoles primaires et secondaires) publics, privés et mixtes (appartenant à l’Eglise catholique) avec lesquelles nous avons conformé un réseau (Red 20). D’une part, dans le cadre de ce réseau nous organisons des formations d’actualisation pour les professeurs afin d’améliorer leurs pratiques pédagogiques.

Inauguration du Festival des Coutumes et Traditions avec autorités et directrices du réseau 20

Il faut savoir que la formation des enseignant(e)s en Bolivie est plutôt obsolète et peu adaptée au contexte pluriculturel bolivien. De plus les professeurs sont souvent résistant(e)s aux changements et de tendance plutôt conservatrice. Ils/elles ne sont pas toujours très d’accord avec notre président Evo Morales! Notre travail n’est donc pas facile et il faut faire preuve de pas mal de diplomatie afin de ne pas rompre les liens tissés pour des questions politiques.

D’autre part, en tant que CEPJA nous avons aussi comme objectif d’impulser au sein du réseau l’organisation d’activités socioculturelles (extra scolaires) sur les thématiques suivantes: interculturalité, équité de genre et environnement qui permettent aux professeurs comme aux élèves d’apprendre au travers de la pratique, de l’expérience vécue en utilisant la créativité.

Nous avons donc co-organisé 2 festivals jusqu’à présent. Le premier a été celui sur les Coutumes et Traditions du département de Cochabamba (« Feria Costumbrista »).

Chaque établissement scolaire a préparé un stand sur une des provinces du département afin de montrer sa culture, ses traditions, coutumes tout comme ses plats typiques. Cela ne pouvait manquer car à Cochabamba l’on vit pour manger!. Il y eu aussi une démonstration des danses de chaque région.

Le but primordial de ce festival a été celui de s’ouvrir à la diversité culturelle de chaque province et de mieux la connaître afin de faciliter la génération de relations interculturelles et d’aider à diminuer les attitudes racistes qui sont malheureusement encore bien courantes dans les établissements scolaires.

L’autre festival que nous avons organisé comme réseau a été celui de théâtre « Festisur » afin de promouvoir l’apprentissage de la lecture et la littérature au travers de la pratique du théâtre et de la promotion de la créativité artistique.

Mis à part ces festivals, comme CEPJA nous avons aussi co-organisé avec le Réseau de Participation Citoyenne et Control Social un Festival sur l’environnement « Prenons soin de notre mère terre ». Avec mon collègue Saul nous avons impulsé l’organisation d’un théâtre de marionnettes sur le thème des déchets. Il faut savoir que dans le quartier de Jaihuayco et à Cochabamba en général il est normal de jeter les déchets dans la rue et de ne pas faire de tri des déchets. Saul a donc écrit une histoire sur la thématique et nous avons fait les marionnettes tout comme jouer différents rôles ce jour-là. Ce fût une belle expérience éducative et créative à la fois.


samedi 7 août 2010

RENCONTRE ANNUELLE DES VOLONTAIRES SUISSES EN BOLIVIE



Fin juillet –début août nous avons été une nouvelle fois réunis tous les volontaires suisses avec nos organisations partenaires boliviennes des 3 organisations d’envoi, E-CHANGER, INTER-AGIRE et INTERTEAM. Nous étions environ 50 personnes en comptant les enfants des volontaires. Ce fût un beau moment de retrouvailles, de nouvelles rencontres, d’échanges et de partages enrichissants. Comme je suis une « ancienne » volontaire ici, eh oui, le temps passe…, j’ai eu plaisir à revoir les autres anciens et ex-volontaires comme Olivier Barras, sa femme Ingrid qui est la nouvelle coordinatrice d’E-changer et leurs trois filles.

Les 3 coordinatrices: Claudia Heid (Interteam), Elke Kalkowski et Ingrid Barras (E-changer et LED)

Le thème central fût celui du Bien Vivre (el vivir bien) tant au niveau de la conjoncture socio-politique qu’au niveau personnel, de notre vie ici en Bolivie. Grâce aux interventions de 2 invités, José Antonio Rocha, directeur du Kawsay et Rafael Puente, ex-préfet du département de Cochabamba nous avons pu avoir une vision plus critique du processus actuel de construction de l’Etat plurinational qui est doublement long, selon Rafael Puente, car il est démocratique et culturel. Il a aussi fait part de sa préoccupation quant à un certain autoritarisme de la part du gouvernement au pouvoir. Selon lui il n’existe pas de participation réelle des organisations sociales car le control social doit s’exercer à partir du peuple et non du gouvernement. Ceci est dû en partie au fait que la mentalité et les comportements coloniaux perdurent et ne permettent pas encore une « vraie » transformation au niveau de la gestion du gouvernement. Lié à ce facteur est aussi celui de la promotion d’une économie d’extraction des ressources naturelles avec la construction de méga projets d’électrification et d’usines au mépris de la protection de la très chère mère terre. La pachamama a bon dos ! « Exporter ou mourir » est un slogan qui est courant dans la bouche des orateurs du gouvernement mais le danger est que nous allons mourir en exportant selon Rafael Puente. Mis à part toutes ces contradictions de la gestion du gouvernement actuel, le compromis reste là car « nous avons gagné en dignité » comme peuple bolivien durant tout ce processus démocratique de changement, ajouta- t’il en conclusion.

Rafael Puente

Durant cette rencontre annuelle nous avons aussi mieux connu les organisations partenaires boliviennes avec lesquelles nous travaillons au travers de stands d’information de chaque organisation: le marché de la diversité. Ce fût ainsi l’occasion pour moi de montrer ma nouvelle organisation partenaire: le Centre d’Education Alternative Jaihuayco (CEPJA). Comme vous l’aurez sûrement lu dans le dernier journal INTI, j’ai tourné une nouvelle page ici et commencé à travailler avec cette nouvelle institution dont son travail éducatif est principalement axé sur les Droits Humains et la Participation Citoyenne, ce qui correspond à une des lignes thématiques du programme institutionnel actuel d’E-CHANGER.

Nous voilà donc avec mon collègue Saul Gimenez en train d’expliquer la structure et la multitude d’activités du centre au moyen du symbole de la croix andine, la « chakana ».

Ce marché de la diversité a aussi permis de faire des contacts entre organisations ayant une vision similaire afin de tisser ainsi un réseau plus ample de travail en commun, notre défi restant celui de générer plus d’impact à partir d’actions communes et en réseau dans le domaine des droits humains et de la souveraineté alimentaire, les 2 axes thématiques priorisés pour le programme d’E-Changer en Bolivie.

Voilà pourquoi durant cette rencontre annuelle, il y eût aussi un espace de réunion pour les groupes de travail sur ces deux thématiques-là. Dans le cadre de mon groupe de travail sur la souveraineté alimentaire nous avons organisé une visite au marché écologique « la Ecoferia » afin de soutenir cette initiative qui a de la peine à fonctionner par manque de soutien des autorités locales et aussi d’éducation environnementale. La plupart des « cochabambina(o)s » vivent du mythe que tout ce qui s’y produit est naturel ! Alors que ce n’est pas le cas du tout car beaucoup d’engrais chimiques et pesticides interdits chez nous sont encore utilisés ici…


dimanche 25 avril 2010

CONFÉRENCE MONDIALE DES PEUPLES SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET LES DROITS DE LA TERRE MÈRE


Durant 3 jours (du 20 au 22 avril) j’ai pu participer tout comme 35'000 autres personnes de 142 pays à la conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et droits de la Terre Mère comme je vous l’avais annoncé dans mon article antérieur. Ce fût donc une immense foule représentant la diversité des peuples du monde entier et l’ampleur du problème du changement climatique qui se réunit à Tiquipaya, un village à 30 km de Cochabamba au pied de la montagne Tunari qui s’avéra à la fin plutôt petit vu la multitude des participant(e)s et délégations officielles (47). Vous pouvez donc vous imaginer les larges queues lors de l’accréditation le premier jour ! Heureusement que j’avais pris la précaution de m’accréditer le dimanche d’avant comme une bonne suisse organisée et prévoyante J

Mis à part certains problèmes de logistiques plutôt inévitables vu le nombre de personnes, je dirais que l’évènement fût plutôt bien organisé avec beaucoup de conférences liées à la thématique comme les Causes structurales du Changement Climatique, la Dette Climatique, le Tribunal International de la Justice Climatique, les Droits de la Terre Mère, avec des invité(e)s de renommée internationale comme Naomi Klein (Canada), François Houtard (Belgique), Miguel d’Escoto (Nicaragua), Leonardo Boff (Brésil), Alberto Acosta (Ecuateur), tout comme la présence de personnalités intellectuelles et politiques boliviennes comme Alvaro Garcia Linera, David Choquehuanca, Xavier Albo et bien sûr le président Evo Morales. J’aimerais partager avec vous ces quelques réflexions suivantes issues des conférences qui me paraissent intéressantes:

-La cause principale du changement climatique est le capitalisme et son système et mode de production effréné basé sur l’accumulation de biens matériels et de l’exploitation des ressources naturelles.

-Nous sommes en plein dans une crise climatique et l’unique issue est celle d’en finir avec le système capitaliste car il en va de notre vie et de celui de la terre mère. Selon les mots d’Evo, soit le capitalisme meurt, soit la mère terre.

-La science ne va pas nous aider à trouver une issue à la crise climatique car ce sont d’autres connaissances qui sont nécessaires en partant de la diversité culturelle des peuples indigènes et de leurs modes d’existence. Nous devons dé-construire les connaissances occidentales et entrer dans un dialogue des savoirs. Il nous faut trouver des alternatives civilisatrices.

-La mère terre est un super organisme vivant, un système vivant et elle est un sujet de droits et de dignité. C’est une nouvelle réflexion au niveau juridique. Il nous faut repenser les fondements philosophiques lors de l’élaboration des futures lois et déclarations.

-Maintenant commence le temps de la biocivilisation. Les siècles passés on été centrés sur l’être humain, les droits de l’Homme. Le 21ème siècle est celui de la nature, de la terre mère. Les Nations Unies doivent se convertir à une entité plus grande qui inclut les Droits de la Terre Mère.Le Conseil des Droits de l’Homme devrait devenir celui des Droits de la Terre Mère et des Droits de l’Homme (Miguel d’Escoto).

-Le paiement de la dette climatique par les pays du nord industrialisés est essentiel car c’est une question de justice. Ce sont eux qui sont la cause principale des changements climatiques dont nous sommes affectés au sud.

-La solution ne vient pas du Nord mais de nous autres du Sud qui devons générer une grande alliance entre peuples du sud et du nord et aller en force au prochain sommet mondial de Cancun (Mexique). Il nous faudra utiliser le chantage ou le boycott afin de faire entendre nos résolutions.

Mis à part ces conférences il y avait une grande quantité d’évènements autogérés par diverses organisations boliviennes et internationales. L’autre espace de participation plus direct et concret a été celui des 17 tables de travail plus une, la 18, la non-oficielle, qui s’est dédiée à générer un débat critique sur les politiques environnementales contradictoires du gouvernement actuel. Les conclusions des 17 tables de travail, « qui viennent d’en bas et demandent à être entendues en haut » sont, entre autres : la nécessité de la création des droits de la Terre Mère; la création d’un tribunal international de justice climatique, qui possède le pouvoir de punir les individus, les entreprises et les Etats qui détruisent la nature; une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, principalement de la part des pays industrialisés, qui doivent « décoloniser et rendre l’atmosphère à l’ensemble des êtres humains »; la limitation à un maximum de 1 degré le réchauffement climatique, et non pas à deux degrés comme le propose “l’accord antidémocratique et insuffisant de Copenhague”; le paiement de la dette climatique par les pays industrialisés aux pays appauvris, sans conditions, et à hauteur de 6% de leur PNB; la tenue d’un référendum mondial sur le climat à réaliser dans tous les pays du monde dans une année, le 22 avril, jour de la planète Terre, qui demanderait entre autres à tous les citoyens du monde s’ils sont d’accord de changer le système capitaliste, de transférer les dépenses militaires en dépenses pour la défense de la planète et de créer un tribunal climatique.

Le président Morales s’est engagé à apporter en personne ces conclusions au Secrétaire des Nations Unies, afin qu’elles soient prises en compte lors de la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se réalisera au moins de décembre à Cancun, au Mexique.

Le Kawsay présent à la CMPCC

Nous avons décidé comme Centre de Cultures Originaires Kawsay de monter un stand afin de rendre plus visible notre travail effectué dans les communautés indigènes de sensibilisation et promotion de la production écologique communautaire comme une stratégie possible de prévention du changement climatique et de lutte pour la souveraineté alimentaire des peuples. Le succès de notre stand fût dû surtout à l’exposition d’une trentaine de variétés de pommes de terre natives de la communauté de Moyapampa de la nation indigène Kallawaya (département de La Paz) d’où proviennent mes collègues Eulogia et José. Il faut aussi souligner que nous venions d’avoir faire la cueillette de ces pommes de terre, alors c’était d’autant plus gratifiant de voir l’intérêt suscité.

En guise de conclusion, je dirais que cette conférence a été un espace important d’échanges et de prises de position entre les peuples du monde entier, du nord comme du sud, tous préoccupés par l’état de santé de notre planète, de la terre mère. La tâche la plus importante actuellement est celle de diffuser l’accord issu de cette conférence mondiale sur le changement climatique et d' en faire un suivi au sein de nos organisations et gouvernements afin qu’il soit pris en compte lors des discussions du prochain sommet à Cancun. Le réseau tissé entre les peuples lors de cette conférence devra faire preuve de beaucoup de détermination et force afin de se faire entendre par les représentants des grands pays industrialisés du système capitaliste!

Autres liens :

Si vous voulez lire tout le texte de l’accord des peuples qui est le résultat de la conférence, visitez le site officiel: http://cmpcc.org/

Le blog de Mathieu Glayre, volontaire E-changer et journaliste radio qui m’a inspiré et dont j’ai tiré certaines parties de mon texte: http://blog.e-changer.ch/creciendo/ .Ses articles sont aussi parus dans le journal Le Courrier.