dimanche 25 avril 2010

CONFÉRENCE MONDIALE DES PEUPLES SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ET LES DROITS DE LA TERRE MÈRE


Durant 3 jours (du 20 au 22 avril) j’ai pu participer tout comme 35'000 autres personnes de 142 pays à la conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et droits de la Terre Mère comme je vous l’avais annoncé dans mon article antérieur. Ce fût donc une immense foule représentant la diversité des peuples du monde entier et l’ampleur du problème du changement climatique qui se réunit à Tiquipaya, un village à 30 km de Cochabamba au pied de la montagne Tunari qui s’avéra à la fin plutôt petit vu la multitude des participant(e)s et délégations officielles (47). Vous pouvez donc vous imaginer les larges queues lors de l’accréditation le premier jour ! Heureusement que j’avais pris la précaution de m’accréditer le dimanche d’avant comme une bonne suisse organisée et prévoyante J

Mis à part certains problèmes de logistiques plutôt inévitables vu le nombre de personnes, je dirais que l’évènement fût plutôt bien organisé avec beaucoup de conférences liées à la thématique comme les Causes structurales du Changement Climatique, la Dette Climatique, le Tribunal International de la Justice Climatique, les Droits de la Terre Mère, avec des invité(e)s de renommée internationale comme Naomi Klein (Canada), François Houtard (Belgique), Miguel d’Escoto (Nicaragua), Leonardo Boff (Brésil), Alberto Acosta (Ecuateur), tout comme la présence de personnalités intellectuelles et politiques boliviennes comme Alvaro Garcia Linera, David Choquehuanca, Xavier Albo et bien sûr le président Evo Morales. J’aimerais partager avec vous ces quelques réflexions suivantes issues des conférences qui me paraissent intéressantes:

-La cause principale du changement climatique est le capitalisme et son système et mode de production effréné basé sur l’accumulation de biens matériels et de l’exploitation des ressources naturelles.

-Nous sommes en plein dans une crise climatique et l’unique issue est celle d’en finir avec le système capitaliste car il en va de notre vie et de celui de la terre mère. Selon les mots d’Evo, soit le capitalisme meurt, soit la mère terre.

-La science ne va pas nous aider à trouver une issue à la crise climatique car ce sont d’autres connaissances qui sont nécessaires en partant de la diversité culturelle des peuples indigènes et de leurs modes d’existence. Nous devons dé-construire les connaissances occidentales et entrer dans un dialogue des savoirs. Il nous faut trouver des alternatives civilisatrices.

-La mère terre est un super organisme vivant, un système vivant et elle est un sujet de droits et de dignité. C’est une nouvelle réflexion au niveau juridique. Il nous faut repenser les fondements philosophiques lors de l’élaboration des futures lois et déclarations.

-Maintenant commence le temps de la biocivilisation. Les siècles passés on été centrés sur l’être humain, les droits de l’Homme. Le 21ème siècle est celui de la nature, de la terre mère. Les Nations Unies doivent se convertir à une entité plus grande qui inclut les Droits de la Terre Mère.Le Conseil des Droits de l’Homme devrait devenir celui des Droits de la Terre Mère et des Droits de l’Homme (Miguel d’Escoto).

-Le paiement de la dette climatique par les pays du nord industrialisés est essentiel car c’est une question de justice. Ce sont eux qui sont la cause principale des changements climatiques dont nous sommes affectés au sud.

-La solution ne vient pas du Nord mais de nous autres du Sud qui devons générer une grande alliance entre peuples du sud et du nord et aller en force au prochain sommet mondial de Cancun (Mexique). Il nous faudra utiliser le chantage ou le boycott afin de faire entendre nos résolutions.

Mis à part ces conférences il y avait une grande quantité d’évènements autogérés par diverses organisations boliviennes et internationales. L’autre espace de participation plus direct et concret a été celui des 17 tables de travail plus une, la 18, la non-oficielle, qui s’est dédiée à générer un débat critique sur les politiques environnementales contradictoires du gouvernement actuel. Les conclusions des 17 tables de travail, « qui viennent d’en bas et demandent à être entendues en haut » sont, entre autres : la nécessité de la création des droits de la Terre Mère; la création d’un tribunal international de justice climatique, qui possède le pouvoir de punir les individus, les entreprises et les Etats qui détruisent la nature; une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, principalement de la part des pays industrialisés, qui doivent « décoloniser et rendre l’atmosphère à l’ensemble des êtres humains »; la limitation à un maximum de 1 degré le réchauffement climatique, et non pas à deux degrés comme le propose “l’accord antidémocratique et insuffisant de Copenhague”; le paiement de la dette climatique par les pays industrialisés aux pays appauvris, sans conditions, et à hauteur de 6% de leur PNB; la tenue d’un référendum mondial sur le climat à réaliser dans tous les pays du monde dans une année, le 22 avril, jour de la planète Terre, qui demanderait entre autres à tous les citoyens du monde s’ils sont d’accord de changer le système capitaliste, de transférer les dépenses militaires en dépenses pour la défense de la planète et de créer un tribunal climatique.

Le président Morales s’est engagé à apporter en personne ces conclusions au Secrétaire des Nations Unies, afin qu’elles soient prises en compte lors de la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique, qui se réalisera au moins de décembre à Cancun, au Mexique.

Le Kawsay présent à la CMPCC

Nous avons décidé comme Centre de Cultures Originaires Kawsay de monter un stand afin de rendre plus visible notre travail effectué dans les communautés indigènes de sensibilisation et promotion de la production écologique communautaire comme une stratégie possible de prévention du changement climatique et de lutte pour la souveraineté alimentaire des peuples. Le succès de notre stand fût dû surtout à l’exposition d’une trentaine de variétés de pommes de terre natives de la communauté de Moyapampa de la nation indigène Kallawaya (département de La Paz) d’où proviennent mes collègues Eulogia et José. Il faut aussi souligner que nous venions d’avoir faire la cueillette de ces pommes de terre, alors c’était d’autant plus gratifiant de voir l’intérêt suscité.

En guise de conclusion, je dirais que cette conférence a été un espace important d’échanges et de prises de position entre les peuples du monde entier, du nord comme du sud, tous préoccupés par l’état de santé de notre planète, de la terre mère. La tâche la plus importante actuellement est celle de diffuser l’accord issu de cette conférence mondiale sur le changement climatique et d' en faire un suivi au sein de nos organisations et gouvernements afin qu’il soit pris en compte lors des discussions du prochain sommet à Cancun. Le réseau tissé entre les peuples lors de cette conférence devra faire preuve de beaucoup de détermination et force afin de se faire entendre par les représentants des grands pays industrialisés du système capitaliste!

Autres liens :

Si vous voulez lire tout le texte de l’accord des peuples qui est le résultat de la conférence, visitez le site officiel: http://cmpcc.org/

Le blog de Mathieu Glayre, volontaire E-changer et journaliste radio qui m’a inspiré et dont j’ai tiré certaines parties de mon texte: http://blog.e-changer.ch/creciendo/ .Ses articles sont aussi parus dans le journal Le Courrier.



dimanche 4 avril 2010

PRE-CONFERENCE DES PEUPLES INDIGENES ET ORGANISATIONS SOCIALES SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET LES DROITS DE LA MERE TERRE



Cette semaine (29 et 30 mars) a eu lieu à Cochabamba la Pré-Conférence des peuples indigènes sur le changement climatique et les droits de la mère terre organisée par le Ministère de l’environnement de l’Etat Plurinational en coordination avec toutes les organisations mères des peuples indigènes des terres hautes et basses ainsi que les organisations syndicales paysannes et ouvrières (COINCABOL-PACTO DE UNIDAD) avec pour but de construire une position commune de toutes ces organisations boliviennes en vue de la Conférence Mondiale des Peuples Indigènes sur les Changements Climatiques et les Droits de la Mère Terre qui aura lieu en avril à Cochabamba. J’ai pu moi-même assister à l’acte d’inauguration durant lequel le président Evo Morales y fit une apparition (ce n’était pas prévu et on a attendu environ 1h…). Voici donc en résumé ces propos :

On entend parler que Copenhagen (la conférence mondiale sur les changements climatiques) a été un fracas. Au contraire pour moi cela a été un triomphe pour les peuples et un fracas pour l’empire (les EEUU et son modèle capitaliste) car nous avons montré que nous pouvons nous organiser entre les peuples afin de réaliser un document qui sauve la mère terre. Nous avons donc une énorme responsabilité avec la vie, avec l’humanité qui habite la mère terre. Fidel Castro en tant qu’avant-gardiste avait déjà parlé durant les années 90 d’une dette écologique au lieu d’une dette externe. En fait nos propositions viennent de nos longues années de lutte contre les gouvernements néolibéraux. Quant nous parlons de réchauffement climatique, en fait ce sont les pays développés qui en sont responsables mais nous aussi, si nous ne faisons rien, sommes co-responsables. Pour la Conférence Mondiale à venir nous avons 100 pays inscrits déjà et donc le grand défi est que tous ces gouvernements soutiennent la proposition qui en sortira. Nous devons donc arriver à des consensus au niveau national et international car c’est la vie de la terre qui est sous notre responsabilité. Il ne s’agit pas de sauver la Bolivie mais de sauver le monde entier. La Bolivie peut donc se convertir en un centre de réflexion sur la Mère Terre. En ce moment il y a seulement 2 chemins au choix, celui de la mort du capitalisme ou celui de la mort de la mère terre. Pour nous le chemin à suivre est clair. Ce nouveau millenium est celui du respect à la Mère Terre qui inclut celui des Droits Humains. Si les Droits de la Mère Terre sont respectés, les Droits Humains le seront aussi. La Déclaration des Droits de la Mère Terre doit donc être un document de consensus au niveau de toutes les organisations sociales du monde entier et refléter l’union mondiale des peuples face au danger de mort de la Mère Terre.

Après les mots du président, les représentant(e)s des organisations indigènes et sociales se sont répartis dans 17 groupes de travail sur différentes thématiques (les mêmes qui seront discutées lors de la Conférence Mondiale), en commençant par les Causes des Changements Climatiques jusqu’à la création d’un Référendum sur les Changements Climatiques et du Tribunal de Justice Climatique. Personnellement j’ai pu assister à la mise en place du groupe de travail sur la Déclaration des Droits de la Mère Terre à laquelle participa aussi Pablo Solon, l’ambassadeur bolivien des Nations Unies. Ce fût un espace de discussion très intéressant où l’implication même de donner des droits à la mère terre fût débattue en relation aux droits humains. Il a été question par exemple de la vision intégrale et holistique des peuples indigènes dans les sens où l’être humain fait partie de la Mère Terre au contraire de notre vision mercantiliste (occidentale) où l’Homme est un acteur externe qui use de son pouvoir pour exploiter les ressources de la Mère Terre. Comme résultat de ce groupe de travail, une première proposition de Déclaration a vu le jour dont je citerai quelques éléments importants dont les droits suivants de la Mère Terre :

- droit à la vie

- droit à la régénération de sa capacité biologique et à la continuation de ses cycles vitaux

- droit à ne pas être contaminée

- droit à l’eau comme source de vie

Dans cette proposition il existe aussi une partie sur les Devoirs et Obligations des Etres Humains avec la Mère Terre afin de garantir la reconnaissance, l’application et l’exécution des Droits de la Mère Terre. En effet, je pense qu’il est capital d’inclure les responsabilités que nous avons en tant qu’Etres Humains quant à la préservation de notre planète Terre car nous-mêmes sommes la cause principale de son mauvais état de santé. Alors passons du discours à l’action et espérons donc que la Conférence Mondiale des Peuples sur les Changements Climatiques qui aura lieu dans 15 jours ici ira dans ce sens-là. Je vous tiendrai au courant comme j’y participerai avec mes collègues du Kawsay.

samedi 27 février 2010

Conformation du groupe de travail thématique sur la Souveraineté Alimentaire


1ère rencontre

Dans le cadre de notre travail de volontaires suisses en Bolivie, il existe actuellement 2 groupes de travail sur les axes thématiques suivants : l’un sur les droits humains et participation citoyenne et l’autre sur la souveraineté alimentaire. Le but principal de ces 2 groupes de travail, auxquels nous participons, volontaires et organisations partenaires du sud, est celui de générer un espace de réflexion, d’apprentissages mutuels, de formation et d’incidence sur les thématiques en question. Avec mon organisation Kawsay nous faisons partie du groupe sur la souveraineté alimentaire comme notre travail actuel y est bien lié, s’agissant de la promotion d’une agriculture écologique et communautaire à partir des pratiques culturelles comme celle de l’utilisation des semences natives des peuples indigènes. Comme je suis une « ancienne » volontaire ici, j’ai proposé d’aider à organiser les 2 premières rencontres avec Mathilde (volontaire d’E-changer) et Giacomo (volontaire d’Inter-Agire).

L'arbre à synthèse

Comme nous débutons avec une thématique nouvelle, il a fallu tout d’abord nous organiser comme groupe de travail et aussi éclaircir un peu les concepts de souveraineté et sécurité alimentaire. Après avoir discuté pas mal, nous sommes tombés d’accord sur le fait que les 2 concepts sont complémentaires mais que pour nous parler de souveraineté alimentaire va beaucoup plus loin que la sécurité alimentaire, dans le sens où il est question de l’exercice du droit des peuples à décider de quoi se nourrir, de quoi produire et comment. La question du comment est fort importante car quand on parle de souveraineté alimentaire il est question d’une agriculture écologique à petite et moyenne échelle en pensant spécialement aux populations du sud qui doivent faire face à la malnutrition et la faim. Il n’est pas question de donner à manger à tout le monde sans avoir des critères sur l’origine des produits qui peuvent être traités chimiquement voire être transgéniques comme c’est le cas de certains programmes de sécurité alimentaire des grands organismes internationaux (Banque Mondiale, Organisation Mondiale de Commerce ou le Fonds pour l’Alimentation des Nations Unies) ou le cas du programme du gouvernement brésilien « Faim zéro ».

La dynamique sur l'accès à l'eau potable d'Olivier Barras

Quant à la question de générer des actions d’incidence publique, nous avons prévu de participer à la Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Mère Terre qui aura lieu à Cochabamba en avril. Comme vous vous rappellerez sûrement, après l’échec de la Rencontre de Copenhagen sur le Changement Climatique, le président bolivien Evo Morales décréta qu’il était urgent de se réunir entre organisations sociales au niveau international afin de prendre des décisions à la hauteur de la problématique. Nous avons donc décidé de participer comme groupe de travail à cet évènement qui promet d’être riche en échanges. Personnellement je suis déjà inscrite au groupe de travail sur les droits de la mère terre. C’est un nouveau concept qui m’interpelle: après les droits humains, voilà ceux de la mère terre, la pachamama, c’est beau non ? Pour plus d’infos, visitez la page web de la conférence, www. cmpcc.org

A ce sujet il y a aussi une propostion de l’un des membres du groupe de soutien, Bernard Perrin (oui, le journaliste romand du journal Le Courrier !), qui est celle d’éventuellement co-organiser un évènement avec E-changer et nos organisations partenaires durant la manifestation. Cela serait en effet une bonne idée d’action publique de sensibilisation et visibilisation de notre travail ici. A voir donc qu’en pense E-changer …

Durant notre rencontre, il faut souligner que Bernard a profité de faire une interview sur la thématique à Asunta Salvatierra, la responsable du Mouvement Sans Terres Cochabamba et à Ane Piepenstock (directrice d’une ONG Agrecol Andes) pour sa diffusion en Suisse à Radio Lora de Zurich. Vous pouvez l’écouter en déchargeant le programme Info Latina en espagnol: http://www.lora.ch/sendungen/alle-sendungen/67?list=Info+Latino (mardi 09/02/10, 18.00-19.00, 49')

Voilà donc en résumé quelques points forts des 2 premières rencontres que nous avons eu au sein de notre petit groupe pour le moment, une dizaine de personnes de 6 organisations différentes, mais celui-ci prévoit de s’élargir et de travailler en réseaux avec d’autres organisations intéressées à la thématique, comme c’est le cas du groupe de travail des volontaires suisses allemands d’Interteam. Nous avons donc convenu que lors de la prochaine rencontre des volontaires suisses fin juin, nous allons nous unir et réorganiser ce groupe de travail sur la souveraineté alimentaire. Voilà un bel exemple d’interculturalité suisse, non ?

2ème rencontre


dimanche 31 janvier 2010

Cérémonie rituelle du renouvellement du mandat d’Evo Morales à Tiwanaku


Le 21 janvier passé, Evo Morales, a été possessionné comme leader spirituel de la Bolivie lors d’une cérémonie andine qui s’est déroulée sur le site archéologique de Tiwanaku (La Paz) où environ 50'000 personnes de Bolivie et du monde entier s’étaient rassemblées, dont de nombreux(ses) représentant(e)s des peuples indigènes du Pérou, d’Equateur, Canada, Chili, Argentine et Etats-Unis. Il y a en effet un grand espoir de changement pour les peuples indigènes des Amériques (Nord, Centrale, Latine) qui est alimenté par la Bolivie et surtout par le représentant indigène Evo Morales.

Personnellement je n’ai pas pu aller assister à la cérémonie mais 3 de mes collègues ont été et ils ont partagé certaines impressions avec moi en quelques mots et images. Selon eux, l’énergie positive du lieu même s’est ressentie et a irradié durant tout le rituel.

Au niveau de la symbolique du rituel même, ce qui me paru très émouvant fût le fait que le président durant toute la cérémonie marchait au rythme d’une personne âgée indigène aymara de 100 ans, qui représentait tout le savoir et la sagesse héritées de ses ancêtres. Selon José Mendoza, mon collègue Kallawaya, cette femme représente la transmission du savoir de génération à génération de manière orale. Il était aussi accompagné de 8 sages indigènes aymaras (4 hommes et 4 femmes) qui lui ont montré le chemin de la sagesse au cours des rituels d’offrande à la Mère Terre aux 4 points cardinaux. Au niveau de ses vêtements, Evo était aussi vêtu d’un bonnet fort symbolique nommé « chu’ku » à 4 pointes. En langue aymara, cela signifie que celui qui le porte a le devoir d’unir, d’assembler, de coudre la pluralité, représentée par les 4 pointes. On dit que toute cette cérémonie avait été lue auparavant dans des feuilles de coca par un savant indigène (yatiri).

Ce qui me parut aussi significatif, en suivant toute la cérémonie à la TV, fût le fait que pour une première fois, Evo Morales ait fait son discours dans les 3 langues indigènes majoritaires, le quechua, l’aymara et le guarani en plus de l’espagnol. C’est donc un signe important de passage de l’Etat colonial à l’Etat pluriculturel et plurilingue. Le contenu de son discours allait aussi dans ce sens-là puisqu’il décréta qu’en ce jour-là l’Etat colonial disparaissait pour laisser place à l’Etat Plurinational. « Nous avons attendu 180 ans pour refonder la Bolivie et garantir un Etat Plurinational où tous les peuples indigènes ont les mêmes droits. Nous autres, peuples indigènes du monde entier devons toujours être debout et jamais agenouillés devant le capitalisme ». Il a aussi réitéré son message de défense de la Mère Terre (la pachamama) et d’une politique centrée sur le vivre bien, et non le vivre mieux, en faisant appel aux mouvement sociaux afin d’assumer cette responsabilité, sinon cela reviendrait à être des complices du capitalisme, dit-il.

Toutefois, on pourrait faire une critique quant à cette cérémonie sur le fait que la spiritualité et la cosmovision des peuples indigènes des terres basses, qui représentent plus de 30 cultures ou ethnies, n’aient pas été prises en compte. Ce fût nettement un rituel des peuples des Andes, ce qui ne reflète donc malheureusement pas toute la diversité de l’Etat bolivien décrété plurinational.

Le caractère symbolique de la possession du président continua le lendemain lors de la cérémonie officielle dans le palais du gouvernement, tout particulièrement quand Evo Morales arbora sa nouvelle écharpe présidentielle avec les couleurs de la wiphala (couleurs du drapeau des peuples indigènes) en plus de celles du drapeau bolivien. Dans la chambre des députés on a aussi rajouté les tableaux des leaders indigènes Tupac Katari et Bartolina Sisa. Autre fait aussi très symbolique est celui d’avoir enlever la bible et la croix comme objets protocolaires lors de l’acte de jurement du mandat présidentiel. Le président a donc émis à la population bolivienne plusieurs messages symboliques de décolonisation fort percutants, pour ce nouveau mandat de 5 ans il lui reste à relever le défi de mettre en pratique cette vision de décolonisation et du vivre bien dans le cadre de l’implémentation de politiques de gestion à tous les niveaux, national, départemental et local. Ce sera sûrement un long processus comme les mentalités ne se changent pas aussi facilement que les symboles!

Equité de genre au sein du cabinet présidentiel de l’Etat plurinational

En tant que femme, je crie VICTOIRE ici en Bolivie car c’est une première dans son histoire et au niveau international aussi je pense: le nouveau conseil des ministres élu par Evo Morales inclut à 10 femmes et 10 hommes ministres. Ceci représente la parité ou bien ce que l’on dénomme ici la complémentarité, le chacha-warmi ou qhari-warmi (homme-femme en aymara ou quechua). Il existe aussi une diversité au niveau socio-culturel puisque 6 des 10 femmes sont du milieu académique et professionnel, 3 des mouvements sociaux et une du milieu artistique. Voilà donc une mesure d’un gouvernement du sud digne d’exemple pour nos gouvernements du nord, notamment pour nos autorités suisses, n’est-ce pas?


samedi 19 septembre 2009

CYCLE DE FORMATION EN PRODUCTION COMMUNAUTAIRE ÉCOLOGIQUE : 4Ème MODULE SUR LE THÈME DE LA GESTION COMMUNAUTAIRE DU TERRITOIRE



Dans le cadre du cycle de formation en production communautaire écologique, à Cochabamba, nous avons organisé la semaine passée le 4ème module sur le thème de la gestion du territoire communautaire en coordination avec la Fédération syndicale des paysan(n)es indigènes de Cochabamba. Vous vous demander sûrement ce que c’est que la gestion communautaire du territoire, en fait, selon la conception des leaders participant(e)s quechuas, cela signifie gérer et administrer leurs communautés ou territoires futurs autonomes (selon l’actuelle constitution politique de l’Etat) en accord avec leurs principes de protection à la mère terre (pachamama) et leur système d’organisation (autorités indigènes ou syndicales).

Concrètement, durant cet atelier nous avons axé nos activités autour de témoignages d’expériences concrètes de paysan(n)es indigènes qui font de la production écologique de pommes de terres natives comme Felicidad Escobar qui avec son mari a conformé une association de producteurs/trices qui lui permet actuellement de commercialiser ses pommes de terre natives en ville et même dans les supermarchés. En fait, cette femme paysanne je l’ai rencontrée à l’ »Ecoferia » (marché écologique) en lui achetant ses petites pommes de terre délicieuses. Durant l’atelier ce fût donc un échange très riche en apprentissages qui a permis de montrer non seulement les avantages économiques mais aussi écologiques de produire des pommes de terre natives. La fabrication d’engrais naturels à base de produits comme la bouse de vache, de brebis ou de lama, de lait et de plantes locales a aussi été un thème fort utile pour les leaders participant(e)s.

Saviez-vous que les pierres parlent ?

« Si le jour de la St Jean (24 juin) au matin, on observe sous les pierres qu’elles sont givrées, cela signifie qu’il va y avoir des giboulées, de la grêle et de la neige. Si c’est seulement mouillé dessous la pierre, cela signifie que cela va être une année normale avec des pluies normales. Par contre si c’est sec dessous la pierre, cela signifie que cela va être une année avec de la sécheresse... » (Rosendo Flores, Ayllu Majasaya, Japo).

C’est ces savoirs qui sont transmis de génération en génération qui nous permettent de prévenir les risques agricoles et savoir lire ces signes que nous donnent la nature signifie pouvoir les interpréter comme des indicateurs climatologiques, selon les mots de Francisco Chapata, indigène quechua, qui nous a témoigné son travail de récupération de ces savoirs au travers des personnes âgées des communautés.

Mis à part ces témoignages nous avons aussi présenté une méthodologie que nous avons élaboré avec mes collègues José Mendoza et Carla Bazoalto afin d’élaborer des propositions de gestion territoriale communautaire de façon intégrale en partant de l’identité culturelle des communautés. Les participant(e)s vont l’utiliser dans le cadre de leur travail à distance, dans leurs communautés. Un résultat important de cet atelier est d’avoir pu conformer un groupe fixe d’une trentaine de leaders indigènes paysan(ne)s (hommes et femmes) qui se sont compromis de participer jusqu’au bout du processus, c’est-á-dire jusqu’à l’année prochaine.

Roberta Cecilia

ATELIER DE SENSIBILISATION A LA PRODUCTION DE POMMES DE TERRES NATIVES ECOLOGIQUES A VENTILLA


Durant le mois d’août avec ma collègue kallawaya Eulogia Capajeique nous avons accompagné à une dirigeante de la Fédération des Femmes Indigènes Paysannes Bartolinas Sisas à un atelier dans la communauté de Ventilla, qui fait partie de la province d’Arque, et qui est située sur les haut-plateaux, en direction d’Oruro. Notre rôle était de traiter du thème de la souveraineté alimentaire, et nous l’avons fait à partir d’un exemple concret, celui de la production de pommes de terres natives écologiques. A l’aide d’un moteur qui nous a permis de générer de l’électricité, il faut savoir que là-bas l’électricité n’est pas encore arrivée, nous avons pu projeter un documentaire en quechua sur la thématique. Pour les participant(e)s c’était comme être au cinéma et ce fût une bonne manière de capter leur attention, et ainsi par ce moyen-là leur montrer les problèmes de dépendance (endettement) et perte de souveraineté alimentaire par rapport à la production de pommes de terres avec des semences améliorées. A partir de ce documentaire nous avons engendré un travail groupal de réflexion sur l’importance de renforcer et/ou récupérer les semences natives de pommes de terres, en plus de motiver à la participation et à l’organisation des femmes dans cette région-là.

Ce fût intéressant de soulever la question du degré de participation des femmes au sein de leur organisation syndicale (comme c’était une réunion de l’organisation des femmes en fait) et de constater que les hommes présents (la majorité en réalité) admettaient bien que les femmes travaillent plus qu’eux et qu’il fallait valoriser leur travail au quotidien. Mais ils justifiaient la participation faible des femmes au sein de l’organisation par le manque de temps vu la quantité de leurs tâches ! Nous avons ainsi pu constater que la mentalité machiste persiste et qu’elle ne permet pas facilement d’accepter que les responsabilités peuvent être mieux partagées, entre mari et femme, hélas ! Mais bon, c’est déjà un début de prendre conscience du rôle important que jouent les femmes au sein de leur famille et de leur communauté, n’est-ce pas ?

vendredi 28 août 2009

QU’AI-JE FAIT DURANT MON SÉJOUR EN SUISSE ?

UN BREF RETOUR SUR MES ACTIVITES AVEC E-CHANGER DURANT MON SEJOUR EN SUISSE

J’aimerais partager avec vous quelques moments forts des évènements liés à E-changer auxquels j’ai pu participer avec mon copain Edwin.

  • Tout d’abord la journée des groupes de soutien qui eut lieu à Lausanne en mai durant laquelle étaient présents futurs volontaires,  une volontaire sur le terrain (ma personne), responsables et membres de 6 différents groupes de soutien en plus du personnel d’E-changer dont notamment Beat Tuto Wehrle, secrétaire général, Josée Martin nouvelle responsable des Partenariats Nord (communication et recherche de fonds) en plus des coordinatrices/teurs E-changer régionaux. 

Stand d'information INTI
  • Durant toute la journée les différentes activités étaient basées sur l’échange d’expériences sur les groupes de soutiens, leur fonctionnement, leurs moyens de communication, de sensibilisation, d’appui financier etc… Pour moi et pour les membres présents d’INTI, Isabelle Frutiger comme responsable, Marie-Rose Schiagno et Edwin Valdez, ces échanges et témoignages nous ont donné quelques pistes et idées pour redynamiser INTI.  Donc, voici ce que nous vous proposons afin de relancer INTI et faire plus de sensibilisation Sud-Nord, Nord-Sud :

-    - -  Un jeu de cartes de fin d’année avec un message « INTI »

-          -  Un stylo jaune « INTI »

- - -    Une dizaine de fiches plastifiées de recettes INTI avec une photo au dos   Cette bonne idée d’échange interculturel au travers du palais est celle de Marie-Rose il faut souligner .Bravo !

-          D’autres idées sont possibles selon vos initiatives et expériences …

      Soyez donc prêt(e)s à collaborer pour l’achat tout d’abord et la vente éventuelle de ces articles autour de vous durant cet automne-hiver. 

  • Autre évènement auquel nous avons participé fût l’Assemblée Générale d’E-CHANGER, celle de ses 50 ans. Nous nous sommes retrouvés plus de 70 participants, représentants de trois générations de volontaires, les Missionnaires Laïques des débuts, les Frères sans Frontières ensuite, et les membres actuels d’E-CHANGER. Ce fût une rencontre émouvante et historique du mouvement je pense car on a pu voir les différentes expériences du travail au Sud des volontaires au fil du temps du mouvement d’E-CHANGER. Il a aussi été question du rapport financier de 2008 et des stratégies futures d’E-changer quant à une recherche active de fonds et visualisation de ses activités avec le recrutement de Josée Martin, responsable des Partenariats Nord et des coordinateurs/trices cantonales. Pour plus de détails je vous invite à lire le rapport annuel 2008
Présentation du vécu bolivien

  •  Nous avons aussi pu participer à la clôture de l’Expo du 50ème à Fully, en Valais où il y eu une conférence et discussion « spécial Bolivie » avec la présence d’une partenaire bolivienne de l’organisation tessinoise Inter-Agire, Nora Fernandez, et d’un public composé en grande majorité d’ex-volontaires et co-fondateurs d’E-changer. Ce fût aussi un moment émouvant de rencontre entre ex-volontaires en Bolivie de retour en Suisse et nous autres en visite. 


  • Personnellement, en tant que volontaire sur le terrain, j’ai aussi fait un témoignage lors d’un des modules de formation à Fribourg pour les futurs volontaires et autres intéressé(e)s au thème de la cooper-action. J’ai pu partager mon expérience sur la thématique plus spécifique du travail de sensibilisation-communication, sud –nord et nord-sud que nous faisons comme volontaire. L’échange a été fort riche en apports tant pour les futurs volontaires et autres participant(e)s que pour moi-même confrontée à ce travail sur la longue durée.

  •  Et puis notre rencontre-fête INTI qui a été un moment intense de riches échanges autour de mon travail au sein du Centre KAWSAY et de la conjoncture actuelle bolivienne, le tout accompagné de musique et danses boliviennes et aussi d’un repas interculturel. Dans le prochain journal INTI je vous ferai plus largement part des impressions de la journée de la part des membres INTI présent(e)s.

  •       En plus de la soirée INTI, avec l’aide de mon ami Gato Montano (l’animateur bolivien de la Maison de Quartier des Acacias) nous avons aussi co-organisé une soirée –débat avec l’association bolivienne « Bolivia 9. Solidaridad con los migrantes bolivianos »  autour de la projection du documentaire sur Bartolina Sisa, une héroïne indigène aymara qui a lutté avec Tupaj Katari contre l’invasion des colons espagnols. Il faut savoir qu’il y a une large communauté bolivienne à Genève (plus de 4000 dit-on), et donc c’est important de pouvoir partager avec eux/elles la situation actuelle de leur pays en apportant un regard « suisse » sur le processus de changement actuellement en cours en Bolivie. 

  • Et puis finalement, la dernière action, afin de dire bonjour et au revoir à tous ceux et toutes celles du groupe de soutien, nous avons aussi organisé un pic-nique INTI au signal de Bernex, occasion de partager de bonnes choses et d’échanger autour de mon travail de manière plus informelle. De plus, nous avons eu la visite de notre amie "valaisanne", ex-volontaire, Véronique Blech qui est maintenant aussi coordinatrice E-CHANGER du Valais.

  • Au niveau de mon travail de communication et diffusion à un public plus large, j’ai eu l’occasion de faire une interview avec Radio Fribourg (à télécharger sur un site prochainement j’espère !). J’ai aussi pu avoir une interview avec Benito Perez du Courrier de Genève qui a par la suite publié un article sur le thème de la décolonisation de l’université en Bolivie (paru le 13 juin 09).  A la suite d’une interview avec Virginie Estier dos Santos de la COTMEC (Commission Tiers-Monde de l’Eglise Catholique) un article va aussi être publié en septembre dans leur journal. De plus j’ai pris contact avec le journal Coopération (journal Coop) mais il n’a pas porté de fruits pour le moment. 

! Petite annonce importante : l’expo du 50ème  d’E-CHANGER aura lieu en novembre lors du festival FILMAR à Genève (14 -15 novembre). Réservez ces dates pour y faire un tour et y donner un coup de main éventuellement  (présence au stand et à l’expo, vente d’articles d’INTI par exemple ! et autres,…)  

L'arbre à volontaires E-CHANGER

lundi 13 avril 2009

LES FEMMES PAYSANNES QUECHUA DE TOTORANI ET LA RÉCUPÉRATION DES POMMES DE TERRE NATIVES

En Bolivie, l’année passée, année internationale de la pomme de terre, ont été recensées 650 espèces de pommes de terre natives. Toutefois, si l’on compte les espèces natives qui sont encore cultivées aujourd’hui, ce ne sont qu’environ 80 pommes de terre natives. Dans la région de Totorani (hauts plateaux de la province d’Ayopaya, département de Cochabamba) où Kawsay est actuellement en train de gérer un projet de Récupération des espèces natives de pommes de terres, on ne trouve plus que 50 différentes espèces. C’est dans le cadre de ce projet-là que je suis actuellement en train de travailler avec ma collègue Hilda Vargas, elle-même aussi d’origine quechua de la province d’Ayopaya, afin de réaliser un feuillet revalorisant le rôle des femmes dans le processus de la production des semences natives de pommes de terre. Voilà pourquoi je l’ai accompagnée dernièrement lors de l’un de ses séjours dans les communautés de la région de Totorani où nous avons animé plusieurs ateliers avec les femmes paysannes quechua afin de collecter des informations utiles pour la réalisation de notre feuillet. Afin de rendre l’échange d’expériences plus didactique et plus explicite, nous avons utilisé le dessin comme outil de travail et aussi de valorisation des femmes, comme leurs dessins seront utilisés pour illustrer le feuillet à publier

Pour moi c’était tout d’abord important de rencontrer ces femmes et partager avec elles leurs expériences autour de la production des pommes de terres natives. Je me suis rendue compte qu’il est tout d’abord fondamental de les sensibiliser sur les conséquences néfastes de l’utilisation de produits chimiques en considérant tout le cycle vital, et en plus sur la perte de leur biodiversité et patrimoine génétique en ne produisant plus que des semences de pommes de terre améliorées. Il faut savoir que dans cette région-là seulement 30% de leur production de pommes de terre est naturelle (bio) et que cette production est seulement pour leur propre consommation, et non pas pour la vente. Durant nos discussions il est clairement ressorti que la production naturelle des pommes de terre natives n’était pas rentable pour elles et que s’il y avait un marché pour leurs pommes de terres natives, elles en produiraient plus, cela est certain. Actuellement, dans la ville de Cochabamba, dans certains supermarchés et marchés on trouve en effet des pommes de terres natives bio en vente à un prix un peu plus haut et avec un label de qualité. Il nous faudrait donc comme Kawsay travailler le thème de la commercialisation des pommes de terre natives en partant de la gestion communautaire de leur production. Nous voilà donc devant un nouveau défi à relever : comment générer une entreprise communautaire de pommes de terre natives para exemple? J’espère que cette étape de travail sera possible durant une future phase du projet afin de pouvoir véritablement mettre en pratique la production biologique de la diversité pommes de terre natives à plus grande échelle.