lundi 13 avril 2009

LES FEMMES PAYSANNES QUECHUA DE TOTORANI ET LA RÉCUPÉRATION DES POMMES DE TERRE NATIVES

En Bolivie, l’année passée, année internationale de la pomme de terre, ont été recensées 650 espèces de pommes de terre natives. Toutefois, si l’on compte les espèces natives qui sont encore cultivées aujourd’hui, ce ne sont qu’environ 80 pommes de terre natives. Dans la région de Totorani (hauts plateaux de la province d’Ayopaya, département de Cochabamba) où Kawsay est actuellement en train de gérer un projet de Récupération des espèces natives de pommes de terres, on ne trouve plus que 50 différentes espèces. C’est dans le cadre de ce projet-là que je suis actuellement en train de travailler avec ma collègue Hilda Vargas, elle-même aussi d’origine quechua de la province d’Ayopaya, afin de réaliser un feuillet revalorisant le rôle des femmes dans le processus de la production des semences natives de pommes de terre. Voilà pourquoi je l’ai accompagnée dernièrement lors de l’un de ses séjours dans les communautés de la région de Totorani où nous avons animé plusieurs ateliers avec les femmes paysannes quechua afin de collecter des informations utiles pour la réalisation de notre feuillet. Afin de rendre l’échange d’expériences plus didactique et plus explicite, nous avons utilisé le dessin comme outil de travail et aussi de valorisation des femmes, comme leurs dessins seront utilisés pour illustrer le feuillet à publier

Pour moi c’était tout d’abord important de rencontrer ces femmes et partager avec elles leurs expériences autour de la production des pommes de terres natives. Je me suis rendue compte qu’il est tout d’abord fondamental de les sensibiliser sur les conséquences néfastes de l’utilisation de produits chimiques en considérant tout le cycle vital, et en plus sur la perte de leur biodiversité et patrimoine génétique en ne produisant plus que des semences de pommes de terre améliorées. Il faut savoir que dans cette région-là seulement 30% de leur production de pommes de terre est naturelle (bio) et que cette production est seulement pour leur propre consommation, et non pas pour la vente. Durant nos discussions il est clairement ressorti que la production naturelle des pommes de terre natives n’était pas rentable pour elles et que s’il y avait un marché pour leurs pommes de terres natives, elles en produiraient plus, cela est certain. Actuellement, dans la ville de Cochabamba, dans certains supermarchés et marchés on trouve en effet des pommes de terres natives bio en vente à un prix un peu plus haut et avec un label de qualité. Il nous faudrait donc comme Kawsay travailler le thème de la commercialisation des pommes de terre natives en partant de la gestion communautaire de leur production. Nous voilà donc devant un nouveau défi à relever : comment générer une entreprise communautaire de pommes de terre natives para exemple? J’espère que cette étape de travail sera possible durant une future phase du projet afin de pouvoir véritablement mettre en pratique la production biologique de la diversité pommes de terre natives à plus grande échelle.   

 

samedi 14 mars 2009

LA FACE CACHEE DU MERVEILLEUX CARNAVAL D’ORURO

La Diablada
 
« Oruro, un fastueux mais sanglant carnaval » titule un article au lendemain du Carnaval d’Oruro qui a été déclaré œuvre du patrimoine oral et intangible de l’humanité de l’UNESCO. Au comble de l’ironie, chaque année le patrimoine naturel de la vie sauvage est mise en danger avec l’utilisation d’animaux ou de parties d’animaux pour les costumes de diverses danses. Le cas le plus important est l’utilisation excessive du « quirquincho » (Chateophractus nationi) comme instrument, la « matraca » pour la danse Morenada.
 
Pour vous imaginer l’ampleur du massacre, sachez que dans une fraternité comme la célèbre « Cocanis » il y a plus de 1000 danseurs et danseuses ! En 2001, un rapport du Ministère du Développement Durable soutenait que seulement 5'000 « quirquinchos » survivaient encore en Bolivie.  A ce rythme-là l’animal symbole d’Oruro n’a plus beaucoup d’années à venir. De plus, au niveau international il faut savoir que cet animal est classé comme animal vulnérable et donc en danger d’extinction par le CITES (The Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora).
 

Morenada

Il est certain que le Carnaval d’Oruro est d’une beauté et magnitude impressionnante: 15'000 danseurs et danseuses ont défilé cette année durant 2 jours en exhibant plus d’une vingtaine de différents types de danses. Tous ne portent pas sur eux des peaux ou plumes de vrais animaux mais cette année par exemple on a recensé 800 danseurs/danseuses de Morenadas qui portaient des « quirquinchos ».   Parmi toutes les danses, il y en a 5 qui sont spécialement fatidiques pour les animaux : la « Morenada » à cause des « quirquichos », la « Diablada » pour s’ornementer avec des condors entiers, les « Suri Sicuri » qui utilisent des plumes et des têtes d’autruches pour leurs couronnes, les “Tobas” qui se décorent avec des plumes de flamands roses et les “Tinkus” pour utiliser ces mêmes plumes pour décorer leurs chapeaux.

Suri Sicuris

Chaque année le même drame se répète et voilà 17 ans que l’on viole la Loi de  l’Environnement. La chaîne criminelle commence par les danseurs/danseuses qui dessinent leurs costumes et se chargent de les faire confectionner aux brodeurs  jusqu’aux chasseurs et gardes parques de sites protégés et dirigeants des associations de groupes folkloriques et autorités locales pour n’avoir pas appliqué la loi et avoir donné des prix aux fraternités qui « assassinent » les animaux. Le processus de sensibilisation et de sanction est long surtout quand les membres mêmes de l’Association des groupes folkloriques d’Oruro se refusent de négocier un accord avec le Vice Ministère de l’Environnement afin de ne pas utiliser des animaux sauvages. Mais il y a quelques lueurs d’espoir comme la visualisation de la thématique aux niveaux des médias (spots publicitaires, affiches, flyers…) et le fait que le 4 mars dernier les autorités du Vice Ministère de l’Environnement, Biodiversité et Changements Climatiques aient présenté une plainte à l’encontre de la ville d’Oruro pour utilisation illicite d’animaux sauvages dans certaines fraternités du Carnaval. Espérons donc que cette fois-ci justice sera faite pour les animaux sauvages et que l’on pourra dignement parler du Carnaval d’Oruro comme patrimoine intangible de l’humanité. 

Jeremy et Sandrine, un couple de volontaires E-changer dansant le Tinku  

mercredi 18 février 2009

61% de la population bolivienne a dit OUI!

LA NOUVELLE CONSTITUTION POLITIQUE DE L'ETAT

Le 25 janvier marquera désormais un jour historique en Bolivie. 60 boliviens/boliviennes sur 100 ont voté en sa faveur (61,43% de votes en sa faveur et 38,57% contre). C’est en effet massivement que le peuple est allé voter, 90% de taux de participation ! On est loin des taux d’absentéisme de notre chère démocratie suisse. C’est donc un vote on ne peut plus représentatif je dirais. Une large majorité du peuple ratifie le processus de changement entamé par ce gouvernement et croie en la nécessité d’une transformation du pays. L’opposition dès les premiers résultats a parlé d’un pays divisé, terres occidentales versus terres orientales, mais si l’on regarde les statistiques on ne peut pas parler dans ce sens-là : 77% des municipalités du pays ont voté oui, et aussi dans les régions de « l’opposition » comme Santa Cruz, où 17 des 56 municipalités ont voté en faveur, à Tarija ce sont 5 des 11 municipalités, au Beni 4 des 17 municipalités et à Pando, 3 des 15 municipalités. Le processus de construction du nouvel Etat plurinational décentralisé avec des autonomies (Art. 1) est donc en marche et la plus lourde tâche du gouvernement actuel est celle de l’implémentation au niveau légal des nouvelles structures de l’Etat afin de concrétiser le changement, « el cambio » protagonisé par le président Evo Morales. Ceci n’est pas une mince affaire car l’opposition refuse d’être vaincue et essaie de bloquer toute tentative de concertation comme par exemple ces jours-ci le Préfet de Santa Cruz refuse de participer à une réunion sur le thème des autonomies convoquée par le vice-président alors que lui-même il y a quelques mois seulement ne parlait que d’autonomie dans tous ses discours. Aujourd’hui même (mercredi 18 février) le Conseil Nacional des Autonomies a pris ses fonctions sans la présence de tous les préfets de la « media luna », des départements de Beni, Pando, Chuquisaca, Santa Cruz et Tarija. Par exemple, dans le département de Chuquisaca le OUI pour la NCPE a gagné avec 51% et l’actuelle préfecte, Sabine Cuellar, refuse de respecter cette décision et ne participe pas à la conformation du Conseil Nacional des Autonomies. Comment donc parler de respect du vote du peuple et de démocratie si la décision de la majorité du peuple n’est pas respectée et la NCPE se voit même violée par ses propres autorités ?

LE THÈME DE LA TERRE DANS LA NCPE

Dans le cadre du Réferendum pour la NCPE (Nouvelle Constitution Politique de l’Etat) les bolivien(n)es ont été aussi appelés à voter sur la question de la quantité maximum de terre qui peut être possédée : il y avait l’option de 5 mil ha ou 10 mil ha, et c’est l’option de 5 mil ha qui a remporté avec 80,6% d’approbation. Ici, une grande majorité de la population, y compris dans les régions des terres orientales, a montré qu’elle n’est pas d’accord avec les grandes propriétés terriennes, les « latifundios ». Ces résultats donnent donc feu vert à la politique agraire actuelle de redistribution des terres. Dimanche passé justement le Vice-ministre des terres Almaraz a confirmé que 40’000 ha de terres ont été quittées (« revertidas ») à 5 familles dans l’Alto Parapeti, dans la province Cordillera de Santa Cruz. Selon la législation agraire et la NCPE ces terres ne respectaient pas la Fonction Economique Sociale (FES). C’est à plus de 65 petits et moyens producteurs indigènes que ces terres seront remises selon Almaraz. Dans cette région-là, en plus, on a dénoncé l’esclavage des indigènes guaranis. Selon Almaraz « Alto Parapeti est devenu un endroit fort sensible durant ce processus agraire bolivien parce que ça été un point géographique où la résistance du secteur agro-pécuaire a été violente et séditieuse et a empêché le processus d’assainissement des terres en prétendant imposer au pays une version d’autonomie ». C’est donc d’autant plus un cri de victoire pour le gouvernement et pour la population indigène guarani de la région qui vont enfin se voir redistribuer ces terres qui les ont en fait toujours appartenues en tant que peuples indigènes vivant sur leurs terres ancestrales. Il s’agit en fait du droit à la terre et territoire reconnu internationalement aux peuples indigènes à travers la Déclaration des droits des peuples indigènes des Nations Unies approuvée en 2007 qui a en plus été ratifiée comme loi en Bolivie. Ce droit est aussi reconnu dans le texte de la NCPE qui reconnait l’autorité ancestrale sur leurs territoires qui leur garanti le droit à la libre détermination qui consiste au droit à l’autonomie en tant que peuples indigènes (Art. 2). La redistribution de ces terres appartenant ancestralement aux peuples indigènes guaranis est donc une belle victoire quant à l’application des droits des peuples indigènes en Bolivie, et un pas en avant quant à l’implementation de la NCPE.

mercredi 2 avril 2008

TABLE RONDE SUR LE THÈME DE L’ÉDUCATION ENTRE VOLONTAIRES SUISSES ET PARTENAIRES BOLIVIENS

En février, durant 3 jours (21, 22 et 23) a eu lieu la table ronde annuelle sur le thème de l’éducation organisée cette année par ma personne avec le soutien de ma collègue Carla Bazoalto du KAWSAY. Ce fût une nouvelle fois une belle rencontre riche en échanges interculturels sur nos pratiques et expériences dans le domaine de l’éducation dans le cadre de notre travail. Voici un petit compte-rendu des thèmes traités, thèmes qui ont surgi des nécessités et intérêts lors de la dernière table ronde l’an passé il faut souligner.

Tout d’abord nous avons commencé par partager les nouvelles expériences de capitalisation ou sistématisation d’expériences. Ce thème est le fil conducteur de la table ronde car nous sommes tous/toutes confronté(e)s au terme de notre mandat comme volontaire de capitaliser les riches expériences de tout notre travail avec les acteurs et actrices principaux et ainsi générer un procesus d’apprentissage réciproque. Le résultat concret de cette capitalisation peut se concrétiser en un document écrit illustré avec fotos ou dessins ou autres moyens selon la créativité de chacun, ou bien audiovisuel comme dans le cas d’un documentaire par exemple. Cette année nous avons pu voir « l’accouchement » de l’impression du livre brodé par les femmes de Tarisquia « De sus manos y sus vidas » traduit en 4 langues qui met en valeur la richesse de la culture mollo vécue au quotiden par Maria Teresa Zimmermann durant 25 années de travail au sein des communautés. Dans ce cas-là on peut parler véritablement de génération d’un impact.

Une autre expérience de capitalisation fût celle d’un documentaire (1ère version) élaboré par les femmes du Mouvement Sans Terres de Cochabamba avec la volontaire Véronique. Ce documentaire donne la parole aux femmes militantes du mouvement qui racontent leurs souffrances de vie de femmes paysannes indigènes.

La dernière expérience présentée a été celle du CERECO (Centre de Réhabilitation de Cochabamba) plus particulièrement du projet innovateur d’inclusion sociale scolaire des enfants avec handicap au sein du système scolaire étatique de la part de la volontaire Clémence et sa collègue Carmen.

Après cette 1ère partie nous avons présenté avec ma collègue Carla la méthodologie de travail éducatif du Kawsay (Centre de Cultures Indigènes) basée sur la Chakana, le symbole de la croix andine. C’est de manière participative et interactive que nous avons illustré et mis en pratique les 5 dimensions de la Chakana qui sont à la base de notre travail interdisciplinaire.


Un autre aspect qui est toujours présent au sein de notre table ronde est celui de la conjoncture car notre travail en est influencé. En ce moment le nouveau projet de Constitution Politique de l’Etat approuvé par l’Assemblée Constituante domine l’actualité et nous avons analisé la vision de l’Etat plurinacional et plus spécialement comment le thème de l’éducation y est traité. Pour beaucoup de participant(e)s c’était la première fois qu’ils/elles avaient le nouveau texte entre les mains et ainsi ce fût une incitation à sa lecture et analyse plus profonde au sein de leurs institutions.

La journée et demi d’après nous l’avons passé en atelier intensif de marionnettes avec le facilitateur artiste et marionnetiste Edson Quezada. Cet atelier fût en réalité une continuation de l’antérieur durant lequel nous avions réalisé des marionnettes, et donc cette fois nous avons concentré notre attention sur la création d’histoires, du scénario, la manipulation des marionnettes, la création des décors et finalement la mise en scène du théâtre de marionnettes. Ce fût un moment fort riche en apprentissages allant de la pose de la voix aux mouvements de l’acteur/l’actrice marionnetiste. En effet, pour être un bon marionnetiste nous avons découvert qu’il faut savoir jouer du théâtre et interpréter le personnage que nous avons créé car c’est nous qui lui donnons vie.

















Vive les enfants (las wawas) de la table ronde!




samedi 27 octobre 2007

PREMIERE VISITE DE MEMBRES DU GROUPE DE SOUTIEN INTI EN BOLIVIE

Youpii ! Après plus de 3 ans passés en Bolivie sans une visite de la Suisse, vous pouvez vous imaginez quel fût mon émotion et bonheur de pouvoir recevoir à Shirin Atam et Karine Mueller au début du mois d’octobre et de pouvoir partager avec elles un peu de ma vie et de la réalité bolivienne. Après avoir atteri à la capitale La Paz et avoir supporté le mal des hauteurs et voyagé au bord du Lac Titicaca, Shirin et Karin sont venues passer quelques jours dans notre maisonnette à Cochabamba où Edwin et moi avons partagé un peu de notre quotidien bolivien avec elles.






Durant leur séjour à Cochabamba, en tant que membres du groupe de soutien INTI, elles ont rendu visite et connu l’équipe du Centre de Cultures Indigènes Kawsay, dont ma partenaire Carla Bazoalto, avec lesquels je travaille actuellement comme vous savez. Au travers d’une dynamique que mes collègues avaient préparé, elles ont pu mieux comprendre les fondements culturels de notre travail éducatif qui repose sur le symbole de la croix andine « Chakana ». Ce fût un bel échange Sud-Nord plein de richesses culturelles qui nous a permis de réflexionner sur les valeurs, savoirs et pratiques des peuples indigènes qui sont au centre de mission quotidienne au Kawsay.


Après avoir pu s’acclimater au chaud climat de Cochabamba nous avons voyagé ensemble jusqu’à mon ex-ville Sucre. Ah, quelle nostalgie de se balader dans les ruelles de ma chère ville blanche au style colonial, qui me manque bien parfois je dois dire ! Cela fût donc émouvant de retourner là-bas après presque 6 mois depuis mon départ en mai passé et de rencontrer quelques ami(e)s de Sucre et partager quelques thèmes brûlants d’actualité comme celui du siège de la capitale de Bolivie et l’Assemblée Constituante autour d’un bon repas et du fameux gâteau allemand au chocolat (mon gâteau d’anniversaire !).





Après avoir visité Sucre que mes amies Shirin et Karin ont beaucoup aimé, nous avons continué notre route sur Potosi, la ville minière connue pour sa montagne d’argent, le « Cerro Rico », à plus de 4000 m. Vive les hauteurs et splendeurs de l’exploitation minière de l’ère coloniale ! On ne peut en effet visiter la Bolivie sans voir cette ville qui a tant signifié dans l’histoire du pays et du monde entier, comme dirait mon ami suisse et potosino d’adoption Olivier Barras.

En résumé, je dirais que cette rencontre avec mes 2 amies suisses fût pleine d’échanges enrichissants, de questionnements et de regards croisés entre la Suisse et la Bolivie. Vous en saurez plus dans un prochain récit qu’elles-mêmes rédigeront et que vous pourrez lire dans le prochain numéro d’INTI.

Il ne me reste donc plus qu’à vous inviter et vous encourager, vous tous/toutes membres d’INTI au voyage afin de continuer de tisser des liens toujours plus profonds entre le Sud et le Nord.

J’en profite pour vous rappeler qu’E-CHANGER organise un voyage en Bolivie en Pâques prochain et que vous êtes tous et toutes cordialement invités à y participer. Ne manquez surtout pas cette unique occasion de connaître ce merveilleux pays qui m’a si bien accueilli! Veuillez vous référer au dernier numéro de Cooper-action pour plus d’infos ou bien m’écrire et je vous enverrai le programme provisoire.

A BIENTÔT, HASTA PRONTO EN LA PACHAMAMA BOLIVIANA!


mardi 18 septembre 2007

Les jeunes de Yascapi exercent-ils leur droit à la participation?

Dynamique de présentation avec les jeunes de l'école de Yascapi, Potosi.

Dans le cadre de notre travail de suivi des participant(e)s du cours de Pédagogie Interculturelle Carla et moi avons été à Yascapi, une communauté au Sud de Potosi. Lorsque nous sommes arrivés nous avons eu la chance de pouvoir assister à leur festival local de danses traditionnelles organisé par les écoles de la région. Cela fût une belle démonstration de l’effort de récupération de la richesse et diversité culturelle existante entrepris par le milieu éducatif car les effets de la modernisation et de la migration des jeunes sont fort visibles dans la région vu la proximité de la frontière argentine. Avec Carla nous avons animé un atelier avec une vingtaine d’écoliers et deux professeurs sur le thème de l’interculturalité et de l’exercice de la démocratie au niveau local en analysant les espaces et formes de participations des jeunes au sein des organisations de base, indigènes et syndicales. Les jeunes ont répondu de manière positive et ont illustré toutes leurs connaissances et expériences grâce au travail de groupe où par communauté ils ont dessiné le contexte géographique, productif, socioculturel et de l’organisation politique. De manière générale nous avons pu constater que les jeunes ne participent pas beaucoup dans les organisations syndicales ou indigènes en raison de leurs règlements qui ne permettent une participation active que dès 18 ans et suivant l'organisation seulement quand la personne est mariée elle a le droit de s'affilier. Dans leurs écoles et dans le domaine sportif et culturel les jeunes sont beaucoup plus actifs.

En conclusion, les jeunes ont montré de l’intérêt pour ces thématiques nouvelles qu’ils n’avaient jusqu’à présent pas touchées. Les thèmes conjoncturels ne sont malheureusement pas souvent intégrés dans les programmes scolaires. Ce fût donc une enrichissante première expérience que nous espérons pouvoir continuer en promouvant la participation de nouveaux jeunes pour le cours suivant prévu d’ici la fin de l’année.

Travail de groupe: dessein des caractéristiques de la communauté













Jallalla ! Victoire pour les peuples indigènes : leurs droits sont reconnus au niveau international.

Au terme de plus de vingt ans de négociations, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté, jeudi 13 septembre, une déclaration symbolique reconnaissant de larges droits aux quelque 370 millions de personnes appartenant aux peuples autochtones, souvent marginalisés à travers le monde.

Le texte proclame "le droit à l'autodétermination" des peuples autochtones et réclame pour eux, le cas échéant, "des réparations". Il vise notamment à protéger la spécificité de leur culture, l'intégrité de leurs terres, et à les prémunir contre toute discrimination.
Selon le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, l'adoption de la déclaration est un "triomphe pour les peuples indigènes du monde entier". Elle marque, selon M. Ban, "un moment historique où les Etats membres de l'ONU et les peuples indigènes ont réconcilié leurs histoires douloureuses".
Seuls les Etats-Unis, l'Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont voté contre la déclaration. Les quatre pays abritent de larges populations indigènes et craignaient que le texte n'ouvre la voie à de nouvelles revendications de ces minorités, au détriment d'autres groupes ou des lois nationales. Onze pays, dont la Russie et la Colombie, se sont abstenus, tandis que 143 pays ont voté pour.
Le document reconnaît aux peuples premiers le "droit d'être autonomes et de s'administrer eux-mêmes" et "le droit de ne pas subir d'assimilation forcée ou de destruction de leur culture". Ils doivent aussi pouvoir "contrôler leurs propres systèmes et établissements scolaires", avoir "leurs propres médias dans leur propre langue" ou encore ont "droit à leur pharmacopée traditionnelle".

"Les peuples autochtones privés de leurs moyens de subsistance et de développement ont droit à une indemnité juste et équitable", affirme par ailleurs la déclaration. Des mécanismes "de réparation efficaces" sont demandés pour ceux dont les terres, les ressources, les biens religieux ou culturels ont été spoliés, ou dont les populations ont subi un "transfert forcé".
La déclaration, qui n'est pas un traité, n'a "pas de conséquence juridique", affirme un expert français. Faute de consensus, le texte, promu principalement par les pays latino-américains, ne définit notamment pas ce qu'est un peuple autochtone. Ban Ki-moon a toutefois appelé les gouvernements à faire en sorte que "la vision derrière la déclaration devienne une réalité".

La convention n° 169 de l’OIT de 1989 sur les droits des peuples indigènes tribaux, élaborée sans les autochtones, avait reçu l'adhésion de trop peu d'Etats pour espérer doter le texte d'une portée universelle.
Mais cette Déclaration des Nations Unies
va bien plus loin que la Convention 169 de l’OIT (Organisation Internationale du travail) puisqu’elle revendique leurs droits à « l’autodetermination et à être autonomes et s’admnistrer eux-mêmes pour ce qui touche è leurs affaires intérieures et locales »ainsi que le droit « aux terres, territoires et ressources qu’ils possèdent et occupent traditionnellement ou qu’ils ont utilisés ou acquis ».

Donc, même si cette déclaration n’est pas coercitive au niveau légal, elle servira de guide aux États qui voudront s'y conformer en intégrant dans leur législation interne les droits fondamentaux de leurs peuples autochtones.

Un de ses pays est justement la Bolivie dont son gouvernement a vivement soutenu cette Déclaration ces derniers mois en exercant un certain lobby politique auprès des Etats latino amércains. C’est donc avec un cri de victoire que le gouvernement actuel du MAS a accueilli la nouvelle car l’approbation de cette déclaration renforce en effet la proposition de la construction d’un Etat plurinational et l’établissement d’autonomies indigènes dans la nouvelle Constitution de l’Etat qui est en discussion actuellement au sein de l’Assemblée Constituante. « Ceux qui nous traitent encore d’ignorants, de stupides, d’animaux actuellement comprendront que le monde entier aujourd’hui nous reconnaît et qu’il est nécessaire d’éliminer le racisme » affirma Evo Morales. Cette déclaration est donc un instrument de plus donc pour contre attaquer l’opposition conservatrice, tout particulièrement les comités civiques comme celui de Santa Cruz, qui revendique des autonomies départementales excluyant toute forme d’autogestion et d’autogouvernement de la part des peuples autochtones à l’intérieur de ce territoire.
Espérons donc que cette Déclaration internacionale puisse ouvrir une nouvelle porte dans ce procesus d’intégration de la diversité culturelle bolivienne au sein de ses institutions et normes juridiques.

Au sein du KAWSAY nous considérons cette Déclaration comme un outil juridique et politique stratégique pour les organisations de base et indigènes dans la conjoncture actuelle de statu quo et fracas de l’Assemblée Constituante. C’est pour cela que nous avons décidé comme équipe de la diffuser à tous nos partenaires indigène dans le cadre de nos processus de formation notamment afin qu’un certain lobby auprès des organisations étatiques puisses s’exercer depuis les bases.

Danses traditionnelles de Potosi: expression des droits culturels




















dimanche 29 juillet 2007

Centre de Cultures Originaires KAWSAY



Incroyable mais vrai, dans cette grande ville, il y a une piste cyclable, la seule, qui justement passe tout près de mon travail. Ainsi chaque matin j’ai le bonheur de pouvoir dégourdir mes jambes jusqu’au Centre de Cultures Originaires KAWSAY où je travaille déjà plus d’un mois aussi avec ma nouvelle « contraparte », ma partenaire Carla Bazoalto. Carla est la responsable du cours de Pédagogie Interculturelle qui fait partie du domaine de « Yachay » qui signifie le savoir, les valeurs, l’apprentissage en quechua selon le modèle de la Chakana, symbole des peuples indigènes qui sert de base méthodologique au Kawsay. Je reviendrai sur cette thématique avec plus de détails une fois que j’en saurai plus, promis.

Pour le moment je suis dans la phase d’aclimatation et d’intégration dans ma nouvelle équipe de travail d’une quinzaine de personnes. Heureusement que dès le début c’est une ambiance familiale et chaleureuse qui m’a accueilli ce qui aide beaucoup à l’intégration. Quand il y a une fête ou un anniversaire nous nous réunissons pour le 21 juin, car c’était le Nouvel An Andin, que nous avons célébré ensemble dès l’aube afin d’accueillir le soleil en faisant un rituel, la K’oa, et ensuite nous avons fait une journée sportive.


Quelques infos sur le KAWSAY


Le Centre de Cultures Originaires est une organisation non gouvernementale identifiée avec les peuples indigènes originaires et son processus socio-organisatif.

Kawsay a été fondé en 1999. Le centre de coordination est situé à Cochabamba mais son travail est réalisé au niveau national avec certaines régions des départements de La Paz, Oruro, Chuquisaca, Santa Cruz, Cochabamba et Potosí.

Kawsay signifie vie en quechua. Nous contribuons aux processus de développement des peuples indigènes en partant de leur propre vision, “sumaj kawsay, suma qamaña, teko kavi”, un développement intégral pour la vie pleine et en équilibre entre les êtres du cosmos.

Nous travaillons dans le cadre de l’éducation territoriale, communautaire et interculturelle afin de générer des processus d’analyse et de construction de propositions. Nous réalisons des processus de formation pour la récupération, recherche, systématisation et application de savoirs propres afin de créer des apports des cultures indigènes pour les sociétés actuelles.

Nous promouvons l’étude et l’application des droits des peuples indigènes, le renforcement institutionnel des propositions productives des communautés et la construction de la interculturalité a partir de la cosmovision des cultures indigènes originaires.

Nous organisons des cours, des séminaires, des ateliers, des échanges et des recherches afin de partager les connaissances, générer des dialogues de savoirs et construire des alternatives dans les champs suivants:

- Pédagogie Interculturelle

- Droits Humains et Droits des Peuples Indigènes

- Ecoproduction communautaire

- Recherche avec une identité propre

- Ecotourisme communautaire

- Changements climatiques

Depuis 10 ans Kawsay est aussi en processus de construction d’un projet d’éducation alternative supérieure indigène, la UNIK, Université Indigène Originaire Interculturelle Kawsay, ensemble avec les organisations indigènes originaires et communautaires en Bolivie. Ce projet prétend récupér et valider les postulats fondamentaux des visions et formes de pensées des cultures indigènes originaires, et les appliquer en combinant les systèmes de connaissances scientifiques non indigènes afin de construire une société pluriculturelle non excluente.

Pour plus d’informations je vous invite à visiter la page web: www.kawsay-unik.org





samedi 7 juillet 2007

ALLIN P’UNCHAY KACHU COCHABAMBAMANTA

ALLIN P’UNCHAY KACHU COCHABAMBAMANTA BOLIVIA SONQONMANTAPACHA

Un grand bonjour depuis Cochabamba, le coeur de la Bolivie

Eh oui, me voici déjà plus d’un mois en Bolivia, plus précisément à Cochabamba, grande ville située au cœur de la Bolivie, connue comme la capitale des vallées, située à 2’500m. d’altitude avec plus de 1'110’000 millions habitants (recensement de 2001). Comme vous pouvez imaginer, c’est un grand changement et choc pour moi après avoir vécu 3 années de vie dans la paisible petite ville blanche de Sucre d’à peine plus de 220’000 habitants.

NOTRE CASITA















Je dois donc apprendre à me frayer dans les grandes avenues encombrées de voitures, taxis, minibus, bus, camions et supporter les odeurs plutôt nauséabondes par endroit. Mais heureusement il y a encore des coins plus « nature » et tranquilles comme notre nouveau quartier, Sarco, où Edwin et moi avons élu domicile. Quelle chance j’ai eu de rencontrer une compatriote allemande mariée à un bolivien lors de ma première sortie ici qui venait justement de construire une maison!